Catégorie : Le Figaro

Le Figaro: “Georges Bensoussan: «L’interdiction de mettre des mots sur des faits graves nourrit la dépression du pays»”

Georges Bensoussan. F Clairefond

GRAND ENTRETIEN – Quatre ans de procédure judiciaire pour «incitation à la haine», c’est l’épreuve qu’a dû subir l’historien Georges Bensoussan. Son délit prétendu? Avoir dénoncé la réalité d’un antisémitisme arabo-musulman dans certaines banlieues françaises. L’ancien responsable éditorial du Mémorial de la Shoah a gagné en première instance, en appel et en Cassation. Il raconte cette épreuve dans un ouvrage remarquable, Un exil françaisUn historien face à la justice (L’Artilleur).

LE FIGARO. – «C’est une honte de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes, en France, et tout monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme, on le tète avec le lait de la mère…» En 2015, vous avez été attaqué en justice par des associations antiracistes pour avoir prononcé cette phrase dans l’émission Répliques, d’Alain Finkielkraut. Vous citiez de manière approximative le sociologue d’origine algérienne Samin Laacher. Dans votre nouveau livre, vous racontez cette affaire et le procès pour incitation à la haine qui a suivi, procès que vous considérez comme «un fait politique total». Pourquoi cette appréciation?

Georges BENSOUSSAN. – Ce procès, en soi mineur, a mis en lumière la force du courant islamiste qui, sous couvert de lutte contre l’«islamophobie», poursuit en justice toute critique de l’islam en détournant à son profit la loi de 1972 sur le racisme (dite loi Pleven, NDLR). Le procédé est éprouvé qui use des armes de la démocratie pour mieux la ruiner.

Source: Le figaro

Controverse au Congrès américain autour des fonds destinés au «dôme de fer» israélien | Le Figaro

Le système de défense «Dôme de fer» interceptant un missile en provenance de la Bande de Gaza.

Le système de défense «Dôme de fer» interceptant un missile en provenance de la Bande de Gaza. AMIR COHEN / REUTERS

Les démocrates du Congrès américain étaient mardi 21 septembre sous le feu des critiques des républicains après avoir retiré d’un projet de loi une enveloppe d’un milliard de dollars destinée à financer le bouclier antimissile israélien «Dôme de fer». Les démocrates ont rapidement affirmé que ces fonds seraient inclus à la place dans un autre texte, le budget annuel de la Défense américaine, qui est débattu cette semaine à la Chambre des représentants. Mais le chef des républicains à la Chambre, Kevin McCarthy, les a immédiatement accusés d’avoir «capitulé sous l’influence antisémite de leurs élus radicaux», tandis que certains démocrates centristes ont également déploré cette décision.

Selon des médias américains, c’est sous la pression de certains élus de l’aile gauche du parti que les démocrates ont retiré, lors d’un débat en commission sur un projet de loi budgétaire, cette enveloppe d’un milliard de dollars prévue pour financer le bouclier antimissile israélien. Les chefs républicains avaient de toute façon déjà annoncé qu’ils ne voteraient pas pour le projet de loi de finances, le condamnant de fait à l’échec au Congrès. Mais cela ne les a pas empêchés de s’indigner de la décision démocrate. «Tragique. Les chefs démocrates se rendent à la gauche antisémite», a tweeté le sénateur conservateur Ted Cruz.

Plusieurs démocrates modérés se sont montrés exaspérés face à la pression supposée de leur aile gauche.

«Je n’arrive pas à croire que certains collègues démocrates» préféreraient voter contre une loi pour financer le gouvernement «plutôt que de défendre l’un de nos alliés les plus importants», a tweeté un élu de la Chambre, Dean Phillips. Une autre élue démocrate de la Chambre et ancienne analyste de la CIA, Elissa Slotkin, a affirmé que s’opposer au financement du «Dôme de fer» était «irresponsable» et témoignait «de la volonté d’attaquer quelque chose, n’importe quelle chose, qui soit liée à l’État d’Israël»«Il n’y aura pas d’interruption dans le financement du Dôme de fer», a affirmé la présidente démocrate de la commission budgétaire à la Chambre, Rosa DeLauro, selon Politico, en précisant qu’il serait inclus dans le budget de la Défense.

Source : Le Figaro 

Le Figaro: “Le Canada inquiet face à une nouvelle vague d’antisémitisme”

Les actes antisémites sont de plus nombreux dans le pays d’Amérique du Nord, particulièrement depuis le début de l’année avec l’importation du conflit israélo-palestinien.

D'importantes manifestations pro-palestiniennes ont eu lieu le 16 mai au Canada alors que les affrontements étaient au plus fort entre Israël et le Hamas.
 
D’importantes manifestations pro-palestiniennes ont eu lieu le 16 mai au Canada alors que les affrontements étaient au plus fort entre Israël et le Hamas. COLE BURSTON / AFP
 

Le sujet préoccupe toute la classe politique canadienne, au point que le gouvernement a annoncé en juin la tenue d’un sommet d’urgence d’ici à la fin de l’année. Depuis quelques mois, le Canada connaît une très forte augmentation des actes antisémites.

 
«De janvier à mai 2021, il y a eu autant d’actes antisémites que pendant toute l’année précédente», alerte Irwin Cotler, ancien ministre canadien de la Justice interrogé par Le Figaro. L’avocat, désigné par le gouvernement fédéral pour l’organisation du sommet qui traitera de la question, s’inquiète d’une «escalade dramatique». «Les juifs sont ciblés et menacés dans leurs quartiers et dans la rue, sur les campus et dans leurs communautés, où des synagogues sont incendiées, des monuments commémoratifs défigurés et des cimetières vandalisés», poursuit celui qui a été également député du Parti libéral canadien.

Pendant le mois de mai, plusieurs manifestations en soutien aux Palestiniens ont eu lieu dans le pays alors que la crise entre Israël et le Hamas était au plus fort. À Montréal en particulier, ces rassemblements ont été émaillés d’incidents. Comme le rapportent plusieurs médias locaux, des manifestants sont allés notamment dans les quartiers juifs de l’agglomération, en marge des rassemblements, pour proférer insultes et menaces. Dans la deuxième ville du Canada, le service de police a relevé 33 «crimes haineux» à caractère antisémite depuis le début de l’année civile, soit trois fois plus que l’année précédente sur la même période.

À VOIR AUSSI – Washington et Berlin appellent à combattre la résurgence de l’antisémitisme

 
Washington et Berlin appellent à combattre la résurgence de l’antisémitisme
 

Conflit israélo-palestinien

«Nous sommes très préoccupés», témoigne pour Le Figaro Eta Yudin, vice-présidente du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA), soulignant le lien avec la tragique reprise du conflit israélo-palestinien. «À chaque fois qu’il y a une montée des tensions au Moyen-Orient, cela impacte notre communauté», déplore-t-elle.

La diabolisation de l’État d’Israël s’étend à celle des Juifs.

Irwin Cotler, ancien ministre de la Justice

En plus des violences physiques, elle note une grave augmentation des discours antisémites en ligne : «Depuis un an, il y a une violence sur les réseaux sociaux de plus en plus importante». En témoigne une militante pro-israélienne qui lançait l’alerte en mai dans les médias après avoir reçu nombre de messages d’insultes et de menaces. «On m’écrit sur Instagram en me souhaitant qu’on me viole dans un sous-sol. On veut ma mort», dénonçait Ysabella Hazan auprès du Journal de Montréal . Après avoir publié une photo avec un drapeau de l’État hébreu lors d’une manifestation cette fois-ci en faveur d’Israël, des internautes avaient partagé l’image en appelant à trouver sa maison. «Je m’inquiète surtout pour les jeunes juifs de ma communauté qui sont terrifiés», poursuivait-elle.

 
 
PUBLICITÉ
 

Le Canada connaît plus généralement une augmentation des actes antisémites depuis plusieurs années. En 2020, l’organisation B’nai Britch Canada a recensé 2610 incidents antisémites, une augmentation de 18,3% par rapport à 2019. Pour la cinquième année consécutive, la communauté juive était la minorité la plus ciblée. Les chiffres devraient s’alourdirent encore cette année.

Instance internationale

Irwin Cotler note entre autres causes «la diabolisation de l’État d’Israël qui s’étend à celle des juifs». «L’État hébreu est accusé d’incarner tout ce qui est mal, le racisme, l’impérialisme, le colonialisme, le nettoyage ethnique, les meurtres d’enfants, l’apartheid», explique-t-il, déplorant aussi que les juifs soient de plus en plus «dépeints comme porteurs de ‘privilèges blancs’, justifiant leur exclusion du débat public»L’ancien ministre a proposé de créer une instance internationale mobilisée sur le sujet de l’antisémitisme.

Au Canada, en attendant le sommet d’urgence convoqué par le gouvernement de Justin Trudeau et les mesures concrètes qui devraient suivre, plusieurs provinces comme le Québec, l’Ontario ou le Nouveau-Brunswick, à l’est du pays, ont adopté des motions condamnant davantage l’antisémitisme. Ces positions de principe ne sont pas pour le moment juridiquement contraignantes.

Source : https://www.lefigaro.fr/international/le-canada-inquiete-face-a-une-nouvelle-vague-d-antisemitisme-20210707

 

Donner avec le bouton Paypal
Un Reçu Cerfa vous sera adressé

Le Figaro: “Famille juive séquestrée en Seine-Saint-Denis : jusqu’à 12 ans de prison pour les agresseurs”

Famille juive séquestrée en Seine-Saint-Denis : jusqu’à 12 ans de prison pour les agresseurs

 

L’Observatoire Juif de France félicite les avocats de la famille Pinto pour leur brillante intervention.

Neuf personnes coupables de la violente séquestration d’une famille juive puis du recel de leurs biens sur fond d’antisémitisme ont été condamnées vendredi à des peines allant de quatre à douze ans de prison.

L'intérieur du palais de justice de Bobigny.
 
L’intérieur du palais de justice de Bobigny. Ludovic MARIN / AFP
 

La cour d’assises de la Seine-Saint-Denis a condamné vendredi 2 juillet à des peines allant de quatre à douze ans de prison neuf personnes coupables de la violente séquestration d’une famille juive puis le recel de leurs biens sur fond d’antisémitisme. La peine la plus lourde, douze ans de réclusion, a été infligée au meneur du trio d’agresseurs qui s’en était pris le 8 septembre 2017 à Mireille Pinto, 75 ans, son mari Roger, 85 ans et personnage influent de la communauté juive, ainsi qu’à leur fils de 52 ans.

Les malfrats les avaient menacés avec un couteau et un tournevis, frappés et séquestrés pendant plusieurs heures, alors que leur pavillon cossu de Livry-Gargan avait été retourné de fond en comble à la recherche d’un hypothétique magot. Ils ne trouveront que 500 euros en espèces mais repartiront avec des cartes bleues, des bijoux dont certains arrachés du cou de la septuagénaire et même des couverts.

Les condamnés ne feront pas appel

Les deux autres cambrioleurs ont écopé de 8 et 7 ans de prison. L’homme considéré comme le principal instigateur des faits a quant à lui été condamné à 10 ans de prison. Des peines plus légères, de quatre ans et plus, ont été prononcées pour une complice et les quatre receleurs. L’avocate de la défense n’a pas souhaité commenter cette décision, mais a indiqué que ses clients ne feront pas appel.

«La circonstance aggravante de l’antisémitisme a été confirmée par la cour d’assises, ce qui fera jurisprudence. C’est une victoire du droit», a réagi auprès de l’AFP Me Marc Bensimhon, avocat de la famille Pinto. Selon les victimes, qui ont décrit pendant les onze jours de procès leur peur de ne pas «en sortir vivants», un des agresseurs leur a lancé: «Vous les juifs, vous êtes les gâtés de la Terre et nous nous sommes les laissés-pour-compte».

Dans son réquisitoire, la procureure avait fustigé jeudi 1er juillet cet état d’esprit de «Robin des bois» dévoyé, qui renferme «un préjugé très clair que ‘juif = argent’», niant la «vie de travail» de ce couple âgé, et désormais traumatisés.

Source : https://www.lefigaro.fr/faits-divers/famille-juive-sequestree-en-seine-saint-denis-jusqu-a-12-ans-de-prison-pour-les-agresseurs-20210703

Donner avec le bouton Paypal
Un Reçu Cerfa vous sera adressé

Rachel Khan : “Le genou à terre est un geste étranger à notre histoire” | lefigaro.fr

Par Rachel Khan

Mis à jour 

TRIBUNE – Alors que l’équipe de France de football prévoyait de mettre le genou à terre, ce mardi soir à Munich, en reprenant les codes du nouvel antiracisme américain, l’essayiste, auteur de Racée (Éditions de l’Observatoire), juge que notre pays n’a pas de leçon ni d’ordre à recevoir des États-Unis en la matière.

Jamais le “body language”, langage du corps en anglais, n’aura fait autant parler de lui. L’annonce que l’équipe de France avait décidé de mettre un genou à terre sur la pelouse de Munich lors du match d’ouverture de l’Euro face à l’Allemagne, pour afficher son opposition au racisme et aux discriminations, a suscité de nombreuses tensions.

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause l’existence du racisme et de l’antisémitisme. Il faudrait vivre dans un monde parallèle pour ne pas voir tout le poids des personnes identitaires qui cristallisent le sujet de la “race” et alimentent ainsi l’intolérance, des actes de violence raciste, se nourrissant des sondages et autres “fanbases”.

Mais comment le genou à terre, symbole de soumission, de faiblesse mais aussi dans un domaine plus romantique de demande en mariage, s’est-il propagé à travers le monde pour devenir, contrairement à ce que le corps exprime, un acte de résistance?

En raison de la puissance du soft power des États-Unis et des réseaux sociaux, nous avons presque l’obligation d’importer cette image de genou à terre comme les Américains l’ont décidé. Un comble, compte tenu des histoires respectives de nos deux pays

Pour réaffirmer le passé ségrégationniste et raciste des États-Unis qui laisse encore aujourd’hui d’horribles traces comme le drame de George Floyd, le mouvement Black Lives Matter a “copyrighté” ce symbole de lutte. Les scènes ont fait le tour du monde et les genoux à terre aussi. Dès lors, en raison de la puissance du soft power américain et des réseaux sociaux, nous avons presque l’obligation d’importer cette image, de la “copier-coller” dans nos événements européens, notamment sportifs.

L’injonction en sous-texte est telle, que ne pas mettre de genou à terre serait dire que l’on est solidaire du racisme, voire que le racisme n’existe pas. Aujourd’hui, ne pas faire le geste, c’est prendre le risque de passer pour complice. Voilà tout!

À VOIR AUSSI – “Je suis attaché à la neutralité du sport” : Thierry Mariani regrette le projet des Bleus de poser un genou à terre

Dès lors, plus les matchs passent, plus mettre un genou à terre devient un rituel, une figure imposée presque plus importante que les 90 minutes qui vont suivre.

Avec la mondialisation, la “cause” est capitalisée, ultra-partagée donc consommée mondialement. Nous devrions lutter contre le racisme comme les Américains l’ont décidé. Ce qui au regard de la réalité américaine est un comble!

À lire aussi : Genou à terre : D’où vient le geste qu’effectueront les Bleus avant leur match contre l’Allemagne ?

Or, faire de la lutte contre le racisme un bien de consommation, une banalisation autant qu’une culpabilisation est extrêmement dangereux.

Tout ce bruit est aux antipodes du poing levé par les athlètes afro-américains sur le podium des JO de 1968. D’ailleurs, cette image inédite reste dans l’inconscient international parce qu’elle est unique et perçue comme un symbole de courage réel. Si cette image n’a pas colonisé l’ensemble des stades, c’est aussi par respect de ce moment de grâce, par reconnaissance des douleurs et des injustices de ceux qui les ont vécus, pour leur laisser le soin de le dire au monde. C’était ensuite à l’humanité de prendre ses responsabilités universalistes afin de faire en sorte que ce genre d’ignominies cesse.

En calquant ce genou à terre donc en gommant les particularismes, les récits et les histoires nationales, le message est aujourd’hui dilué. Le genou à terre est plus barbant qu’autre chose tellement nous l’avons vu dans tous les événements. Un genou galvaudé!

Par ailleurs, en France, il faut alors le rappeler, le racisme et les discriminations sont interdits et punis par la loi. N’est-il donc pas un peu étrange pour l’équipe de France de se dire contre des actes qui sont déjà consacrés en tant que délits et crimes?

Et puis malheureusement, penser que les problèmes des discriminations seront résolus avec un genou à terre, c’est un peu short (sans mauvais jeu de mots) !

Sans oublier que ce geste dédié aux discriminations discrimine lui-même les autres sujets potentiels de mobilisation nationale et pousse à la concurrence des victimes. Pourquoi uniquement la discrimination et pas aussi Mila, Samuel Paty, toutes les victimes du terrorisme, les Ouïgours ?

C’est précisément pour éviter ce genre d’écueil contraire à la communion qui est l’essence du sport que la charte olympique, dans son article 50, prévoit “qu’aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique”.

L’équipe de France telle qu’elle est constituée est déjà un pied de nez au racisme. Nul besoin de genou à terre.

À l’heure où la France, pays des Lumières et berceau de l’universalisme, se prépare à prendre le relais des Jeux olympiques avec Paris 2024, il est important de rappeler ce principe fondamental permettant de garantir l’unité d’un stade et l’union derrière le sport comme un moment de respiration mondiale.

Que des femmes et des hommes de tous horizons et de toutes origines portent le maillot bleu, blanc et rouge. C’est une victoire. Notre équipe est un rassemblement à l’image de la France réelle, n’en déplaise à certains. C’est aussi, malgré ce que les États-Unis veulent nous faire croire, un symbole à travers le monde, un moteur même. Pour une fois que nous avons de l’avance, pourquoi faire croire que nous sommes en retard ?

Cette équipe est une image immortelle, de destins uniques, d’une beauté indissociable de ses performances, qui parle comme le plus émouvant des poèmes, la plus belle des libertés, la plus magique des rythmiques en pleine lucarne. Les sportifs sont les meilleurs ailiers de notre conscience humaniste.

À lire aussi : Natacha Polony : “Nous n’avons plus que les victoires des Bleus pour nous sentir appartenir à une collectivité”

Transcender la défense, aller droit au but de manière collective, faire tomber le mur d’en face par une équipe aussi soudée que multiple, entendre le brouhaha d’un stade en liesse, vibration de nos âmes qui communient face à l’exploit qui se déploie sous nos yeux, en dit plus long que ce geste importé.

On ne met pas un genou à terre et surtout pas face à l’Allemagne. Toujours rester debout face à son adversaire. Rester debout, pour une universalité aux bras ouverts, victorieuse sur la surface de réparation.

Source : lefigaro.fr

Rachel Khan: «Le genou à terre est un geste étranger à notre histoire» | lefigaro.fr

Rachel Khan: «Le genou à terre est un geste étranger à notre histoire»

Réservé aux abonnés

TRIBUNE – Alors que l’équipe de France de football prévoyait de mettre le genou à terre, ce mardi soir à Munich, en reprenant les codes du nouvel antiracisme américain, l’essayiste, auteur de Racée (Éditions de l’Observatoire), juge que notre pays n’a pas de leçon ni d’ordre à recevoir des États-Unis en la matière.

Par Rachel Khan

Mis à jour 

Rachel Khan. F Clairefond

Jamais le body langage, langage du corps en anglais, n’aura fait autant parler de lui. L’annonce que l’équipe de France avait décidé de mettre un genou à terre sur la pelouse de Munich lors du match d’ouverture de l’Euro face à l’Allemagne, pour afficher son opposition au racisme et aux discriminations, a suscité de nombreuses tensions.

Il ne s’agit ici pas de remettre en cause l’existence du racisme et de l’antisémitisme. Il faudrait vivre dans un monde parallèle pour ne pas voir à quel point les identitaires de tous bords et de toutes origines cristallisent le sujet de la «race» et par là même nourrissent intolérances, actes de violences racistes et s’autoalimentent dans les sondages et autre fanbase.

Mais comment le genou à terre, symbole de soumission, de faiblesse mais aussi dans un domaine plus romantique de demande en mariage, s’est-il propagé à travers le monde pour devenir, contrairement à ce que le corps exprime, un acte de résistance?

En raison de la puissance du soft power des États-Unis et des réseaux sociaux, nous avons presque l’obligation d’importer cette image de genou à terre comme les Américains l’ont décidé. Un comble, compte tenu des histoires respectives de nos deux pays

Pour réaffirmer le passé ségrégationniste et raciste des États-Unis qui laisse encore aujourd’hui d’horribles traces comme le drame de George Floyd, le mouvement Black Lives Matter a «copyrighté» ce symbole de lutte. Les scènes ont fait le tour du monde et les genoux à terre aussi. Dès lors, en raison de la puissance du soft power américain et des réseaux sociaux, nous avons presque l’obligation d’importer cette image, de la «copier-coller» dans nos événements européens, notamment sportifs.

L’injonction en sous-texte est telle, que ne pas mettre de genou à terre serait dire que l’on est solidaire du racisme, voire que le racisme n’existe pas. Aujourd’hui, ne pas faire le geste c’est prendre le risque de passer pour complice. Voilà tout!

À VOIR AUSSI – «Je suis attaché à la neutralité du sport»: Thierry Mariani regrette le projet des Bleus de poser un genou à terre

Dès lors, plus les matchs passent, plus mettre un genou à terre devient un rituel, une figure imposée presque plus importante que les 90 minutes qui vont suivre.

Avec la globalisation, la «cause» est capitalisée, ultra-partagée donc mondialement consommée. Nous devrions lutter contre le racisme comme les Américains l’ont décidé. Ce qui au regard de la réalité américaine est un comble!

À lire aussi :Genou à terre: d’où vient le geste qu’effectueront les Bleus avant leur match contre l’Allemagne?

Or, faire de la lutte contre le racisme un bien de consommation, une banalisation autant qu’une culpabilisation est extrêmement dangereux.

Tout ce bruit est aux antipodes du poing levé par les athlètes afro-américains sur le podium des JO de 1968. D’ailleurs, cette image inédite reste dans l’inconscient international parce qu’elle est unique et perçue comme un symbole de courage réel. Si cette image n’a pas colonisé l’ensemble des stades c’est aussi par respect de ce moment de grâce, par reconnaissance des douleurs et des injustices de ceux qui les ont vécus, pour leur laisser le soin de le dire au monde. C’était ensuite à l’humanité de prendre ses responsabilités universalistes afin de faire en sorte que ce genre d’ignominies cesse.

En calquant ce genou à terre donc en gommant les particularismes, les récits et les histoires nationales, le message est aujourd’hui dilué. Le genou à terre est plus barbant qu’autre chose tellement nous l’avons vu dans tous les événements. Un genou galvaudé!

Par ailleurs, en France, il faut alors le rappeler, le racisme et les discriminations sont interdits et punis par la loi. N’est-il donc pas un peu étrange pour l’équipe de France de se dire contre des actes qui sont déjà consacrés en tant que délits et crimes?

Et puis malheureusement, penser que les problèmes des discriminations seront résolus avec un genou à terre, c’est un peu short (sans mauvais jeu de mots)!

Sans oublier que ce geste dédié aux discriminations, discrimine lui-même les autres sujets potentiels de mobilisation nationale et pousse à la concurrence des victimes. Pourquoi seulement les discriminations et pourquoi pas aussi Mila, Samuel Paty, toutes les victimes du terrorisme, les Ouïgours?

C’est précisément pour éviter ce genre d’écueil contraire à la communion qui est l’essence du sport que la charte olympique, dans son article 50, prévoit «qu’aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique».

L’équipe de France telle qu’elle est constituée est déjà un pied de nez au racisme. Nul besoin de genou à terre

À l’heure où la France, pays des Lumières et berceau de l’universalisme, se prépare à prendre le relais des Jeux olympiques avec Paris 2024, il est important de rappeler ce principe fondamental permettant de garantir l’unité d’un stade et l’union derrière le sport comme un moment de respiration mondiale.

L’équipe de France telle qu’elle est constituée est déjà un pied de nez au racisme. Nul besoin de genou à terre. Que des femmes et des hommes de tous horizons, de toutes origines portent le maillot bleu blanc rouge. C’est une victoire. Notre équipe est un rassemblement à l’image de la France réelle, n’en déplaise à certains. C’est aussi, malgré ce que les États-Unis veulent nous faire croire, un symbole à travers le monde, un moteur même. Pour une fois que nous avons de l’avance, pourquoi faire croire que nous sommes en retard?

Cette équipe est une image immortelle, de destins uniques, d’une beauté indissociable de ses performances, qui parle comme le plus émouvant des poèmes, la plus belle des libertés, la plus magique des rythmiques en pleine lucarne. Les sportifs sont les meilleurs ailiers de notre conscience humaniste.

À lire aussi :Natacha Polony: «Nous n’avons plus que les victoires des Bleus pour nous sentir appartenir à une collectivité»

Transcender la défense, aller droit au but de manière collective, faire tomber le mur d’en face par une équipe aussi soudée que multiple, entendre le brouhaha d’un stade en liesse, vibration de nos âmes qui communient face à l’exploit qui se déploie sous nos yeux, en dit plus long que ce geste importé.

On ne met pas un genou à terre et surtout pas face à l’Allemagne. Toujours rester debout face à son adversaire. Rester debout, pour une universalité aux bras ouverts, victorieuse sur la surface de réparation.

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/rachel-khan-le-genou-a-terre-est-un-geste-etranger-a-notre-histoire-debout-les-bleus-20210615?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=[20210616_NL_ACTUALITES]&een=93c9a94407804c4fe01849b3ffd88780&seen=6&m_i=nPTENTsHhhdHZek%2BYJO%2BIrHd6vCtmRoeK7BXXCAiKnKVA7lp_mNDMBFHbZgR3YnN1lw4xV3MCTym9LF2WwCw3detmfuPk1XDRs

La maire de Chicago refuse d’être interviewée par des journalistes blancs: «Les États-Unis, victimes d’une névrose ségrégationniste»

FIGAROVOX/ENTRETIEN – Lori Lightfoot, édile de la troisième ville des États-Unis, n’autorise que les journalistes noirs et métis à l’interroger. Sous prétexte de lutter contre les discriminations, la maire de Chicago oppose les «races» et les communautés, déplore l’écrivain Rachel Khan.

Rachel Khan.
Rachel Khan. Léa Crespi pour le Figaro Magazine

Rachel Khan est juriste, scénariste, actrice et écrivain. Dans son dernier essai, Racée (L’Observatoire), elle se moque des nouvelles idéologies «décoloniales» et «intersectionnelles» qui, sous prétexte d’antiracisme, ne font, selon elle, qu’alimenter les ressentiments.

 

FIGAROVOX. – La maire de Chicago, Lori Lightfoot, a annoncé qu’elle n’accordera des interviews qu’aux journalistes noirs ou métis. Que vous inspire cette déclaration ?

 

Rachel KHAN. – Cette déclaration de la maire de Chicago n’advient pas comme ça d’un coup comme un cheveu sur la soupe. C’est la logique du dogme racialiste poussé à l’extrême, par certaines associations comme celle de Fara Khan. Depuis plus d’une trentaine d’années et c’est ce que j’évoque dans mon livre Racée, certaines personnalités afro-américaines ont pris ce genre de positions radicales.

Le caractère inédit cette fois c’est que cette déclaration vient d’une élue, d’une ville très symbolique qu’est Chicago. Cela signifie aussi que les États-Unis, sont tellement imbibés par les wokes et le communautarisme qu’ils sont désormais prêts à recevoir ce genre de propos qui divisent encore un peu plus leur société. À partir du moment où la «race» est un critère de sélection quel que soit le sujet, il n’y a pas d’autre mot que de qualifier de raciste cette parole. Cette dernière rejoue clairement une névrose ségrégationniste.

Quel est le but de refuser les interviews aux Blancs ? En sous texte cela veut dire qu’il n’y aurait que les «minorités » qui pourraient comprendre la maire ou lui poser les bonnes questions. C’est terrifiant dans ce que cela raconte. Cela veut dire que le Blanc offense, de fait et que seuls «les concernés» seraient réellement capables. La compétence première pour ce métier reviendrait ainsi à la couleur de peau.

La repentance, la culpabilisation, la bien pensance mal placée a produit des « idiots utiles » extrêmement dangereux.

Rachel Khan

Les journalistes blancs, qui ont soutenu le mouvement Black Lives Matter, vont-ils accepter cette censure ?

Il est probable qu’ils l’acceptent.

La repentance, la culpabilisation, la bien pensance mal placée a produit des «idiots utiles» extrêmement dangereux.

Nous en sommes loin en Europe mais j’ai quand même reçu, suite à la sortie de Racée, des injonctions de ce type de journalistes (hommes blancs) qui m’ont expliqué que j’étais traître à la cause. Ce qui est totalement incohérent par rapport à ce qu’ils défendent, quand il s’agit de la liberté d’expression des Noirs.

Alors, oui je pense que certains seront capables de se dire «c’est de bonne guerre, vous avez raison de vous venger, après tout ce que l’on a fait». Mais des questions demeurent : Où se trouve la réparation de l’histoire dans cela ? ; quel est le but ? ; comment en sortir de cette «race» qui déchire depuis des siècles ?

Selon vous, assiste-t-on à l’émergence d’un nouveau totalitarisme ?

C’est vrai que cela ressemble aux pires périodes de l’histoire.

Ce que l’on voit émerger surtout c’est une fissure de plus en plus grande, non pas entre les classes mais entre les races. Dire que l’on refuse un journaliste parce qu’il est Blanc c’est ouvrir une nouvelle page de l’histoire où la lutte contre les discriminations, validée par une élue, se résume au rejet de l’autre, à la vengeance et à l’humiliation. C’est extrêmement violent.

C’est parce que nous sommes libres et égaux que nous sommes tous concernés contre toutes les discriminations, toutes les injustices et c’est par ce combat en commun que nous déployons nos humanités.

Rachel Khan

Par ailleurs, dans ce monde ultra-médiatisé qu’est-ce que cela signifie ? Que nous allons avoir des médias de Noirs et des médias de Blancs, chacun parlera de sujets qui sont censés intéresser la communauté pour laquelle ils sont mis sur le marché. Il s’agit très précisément d’une logique séparatiste totalement contraire à nos principes fondamentaux et à l’universalisme. C’est l’universalisme qui est attaqué par ces courants intolérants et totalitaires. En effet, c’est parce que nous sommes libres et égaux que nous sommes tous concernés contre toutes les discriminations, toutes les injustices et c’est par ce combat en commun que nous déployons nos humanités.

Qu’un pays aussi développé puisse produire ce genre de pensée arriérée est irréel.

La crainte qui traverse tous les esprits c’est lorsque les white supremacyvont faire de même et ainsi de suite… Je ne comprends pas l’histoire qu’est en train de s’écrire les États-Unis après tout ce qu’ils ont vécu d’horreurs, j’espère juste que nous ne serons pas colonisés par cet impérialisme raciste.

L’Observatoire Juif de France félicite la clairvoyance des 76 personnalités dont Manuel Valls, Philippe Val et Renée Fregosi qui affirment leur solidarité avec le peuple israélien.

L’Observatoire Juif de France félicite la clairvoyance des 76 personnalités dont Manuel Valls, Philippe Val et Renée Fregosi qui affirment leur solidarité avec le peuple israélien et appellent à lutter contre l’islamisme sous toutes ses formes.

https://www.lefigaro.fr/vox/monde/

«Ceux qui menacent Israël nous menacent aussi»

FIGAROVOX/TRIBUNE – Face aux tensions entre Israël et le Hamas, 76 personnalités dont Manuel Valls, Philippe Val et Renée Fregosi affirment leur solidarité avec le peuple israélien et appellent à lutter contre l’islamisme sous toutes ses formes, en Israël comme en France.

Manuel Valls, Luc Ferry, Michèle Tribalat et Philippe Val.
Manuel Valls, Luc Ferry, Michèle Tribalat et Philippe Val. François Bouchon / Le Figaro / Francois Bouchon / Jean-Christophe MARMARA / Jean-Christophe MARMARA / Le Figaro / Sébastien SORIANO / François BOUCHON

Tandis qu’Israël s’est totalement désengagé de Gaza en 2005, des attaques à partir de la bande de Gaza se produisent sporadiquement. Depuis plusieurs jours, Israël fait face à une offensive sans précédent : le Hamas tire des milliers de roquettes et de missiles meurtriers sur la population israélienne.

Le Hamas ne vise pas à l’établissement d’un État pour le peuple arabe de Palestine, mais la destruction de l’État hébreu.

Face à cette agression, l’essentiel de la couverture médiatique paraît surréaliste. Certains journalistes osent certes désormais parler d’«attaques des islamistes du Hamas», mais la plupart renvoient encore les belligérants dos à dos tandis que d’autres évoquent une énième provocation originelle israélienne (conflits immobiliers à Jérusalem-Est ou supposée invasion d’al-Aqsa, par exemple) qui aurait mis le feu aux poudres, alors qu’on sait bien que le stock de roquettes (financé notamment par les commanditaires iraniens du Hamas) et les tunnels étaient déjà en place de longue date.

Quant à certains partis politiques en France, leur empressement à défendre le Hamas permet de confirmer leur dérive islamo-gauchiste en dépit de leurs molles dénégations. En revanche, quatre cent mille morts en Syrie et toutes les victimes du terrorisme islamiste au Proche-Orient, au Pakistan, en Afghanistan ou en Afrique n’émeuvent pas ces indignés.

En affrontant la figure avancée de l’islamisme à Gaza, Israël contribue à la défaite d’un totalitarisme islamique qui sévit aussi sur notre territoire.

Les tentatives d’excuser ou de justifier la violence islamiste qui serait la conséquence d’une juste colère des humiliés, des «spoliés», des opprimés sont infondées et mensongères. Car la «cause palestinienne» n’est pas et n’a jamais été la cause d’un Tiers-Monde désespéré au plan économique ou politique. Le malheur arabe est réel, mais sa cause réside au cœur des pouvoirs arabes et n’est pas en Israël. Le malheur palestinien est réel, mais la raison de ce malheur se nomme le Hamas et pas Israël.

Tant que les Européens n’intégreront pas la cosmologie islamiste dans leur grille de lecture de l’espace musulman et du monde arabe, ils n’en comprendront pas les enjeux réels. La pensée mortifère des Frères musulmans dont le Hamas est une incarnation, nous la voyons à l’œuvre en France et en Europe comme en Afrique du Nord et au Sahel. C’est la même idéologie qui a armé le bras de l’assassin de Samuel Paty, comme elle a fanatisé Kobili Traoré qui a massacré Sarah Halimi parce que juive c’est-à-dire suppôt de Satan dans la fantasmagorie islamiste.

Dans l’affrontement présent, Israël est dans son droit. Quelles que soient les erreurs que certains peuvent vouloir reprocher à ses gouvernants, Israël a le droit d’exister et de persévérer dans son être. Et ici, il combat son agresseur. Il lutte aujourd’hui encore pour défendre son territoire et sa population (juive et arabe, touchée indifféremment par les roquettes).

Mais Israël ne fait pas que cela. En affrontant la figure avancée de l’islamisme à Gaza, Israël contribue à la défaite d’un totalitarisme islamique qui sévit aussi sur notre territoire. Il ne faut pas être grand expert pour comprendre cela et comprendre qu’au-delà de ce qui se joue au Proche-Orient, c’est probablement notre avenir, ici même, en France et en Europe, qui se joue aussi.

Affirmons notre solidarité avec le peuple israélien !

Source : https://www.lefigaro.fr/vox/monde/ceux-qui-menacent-israel-nous-menacent-aussi-20210518

 

Donner avec le bouton Paypal
Un Reçu Cerfa vous sera adressé

Islamo-gauchisme et judéo-bolchevisme: le faux parallèle

ANALYSE – L’ancien ministre Benoît Hamon a comparé, sur France Inter, la situation présente avec les années 1930 et la montée d’un fascisme aux conséquences que l’on sait.

Benoît Hamon a fait un parallèle, sur France Inter samedi 17 avril, entre islamo-gauchisme et judéo-bolchevisme. PHILIPPE DESMAZES/AFP

Interrogé sur France Inter samedi 17 avril sur l’ «islamo-gauchisme», l’ancien ministre Benoît Hamon a déclaré: «J’observe qu’on a parlé des ‘‘judéo-bolcheviques’’ avant la Seconde Guerre mondiale, les mêmes, le même courant, maintenant ce sont les islamo-gauchistes. On ne se rend pas compte de là où on va aujourd’hui.» En faisant ce parallèle historique, Benoît Hamon mettait en garde sur le retour du même, tropisme intellectuel omniprésent à gauche qui consiste à comparer la situation présente avec les années 1930 et la montée d’un fascisme aux conséquences que l’on sait. Il n’est pas le seul à s’engouffrer dans cette brèche. L’historien Shlomo Sand, qui a lui-même «cessé d’être juif» par empathie pour la cause palestinienne, avait fait cette analogie lui aussi. Rebondissant sur l’usage de plus en plus répandu du terme«islamo-gauchisme» il avait évoqué son père communiste polonais qualifié jadis de «judéo-bolchevique».

 

Aujourd’hui le terme «islamo-gauchiste» ne désigne pas un intellectuel musulman converti au socialisme mais un compagnon de route parfaitement athée de la religion supposément des faibles. Cette expression, certes devenue galvaudée, désigne la convergence entre des intellectuels de gauche et des mouvements islamistes, par exemple le soutien à la révolution iranienne de la part de Sartre et Foucault, les défilés communs entre extrême gauche occidentale et Hamas au début des années 2000, l’aveuglement d’une partie de la gauche au péril islamiste après les attentats. Et ce pour plusieurs raisons: tiers-mondisme, recherche d’un prolétariat de substitution, ou culpabilité historique.

Née après la révolution de 1917, l’expression «judéo-bolchevisme»visait, elle, à dénoncer un complot juif derrière la prise de pouvoir en Russie. «Il n’y a plus moyen de contester que les 95% des grands chefs soviétistes soient juifs (…) Dans toute l’Europe, il est le voyageur de la révolution.» écrivait par exemple Charles Maurras dans l’Action française en 1920. On insiste aussi sur les origines juives de Karl Marx. On voit derrière l’internationalisme révolutionnaire la trace du«cosmopolitisme» juif. «Lorsqu’elle s’est diffusée, au début des années 1920, dans certains milieux anticommunistes et antisémites, l’expression ‘‘judéo-bolchevisme’’ signifiait que le bolchevisme était un phénomène juif et que les bolcheviques étaient en fait des Juifs (ou des ‘‘enjuivés’’)»rappelait récemment Pierre-André Taguieff dans Libération. Aussi, le«judéo bolchevisme» s’inscrit dans une histoire plurimillénaire de l’antisémitisme indissociable du complotisme qui conduit à supposer le pouvoir exorbitant d’une minorité juive dans les événements historiques (guerre, révolution, épidémie).

Vouloir calquer sur une haine supposée des musulmans le modèle de la haine des juifs, c’est faire fi de l’histoire spécifique de l’antisémitisme

Si l’antisémitisme s’appuie sur une rhétorique du complot, la dénonciation de l’islamo-gauchisme s’appuie sur une accusation de compromission bien différente. Cette comparaison fallacieuse entre islamo-gauchisme et judéo-bolchevisme n’est que la réplique d’une analogie tendancieuse entre une prétendue islamophobie de la France d’aujourd’hui et l’antisémitisme tel qu’il a pu se déployer en Europe dans l’entre-deux-guerres. On cherchera en vain les pogroms et les«nuits de cristal» visant les musulmans dans notre pays aujourd’hui. Vouloir calquer sur une haine supposée des musulmans le modèle de la haine des juifs, c’est faire fi de l’histoire spécifique de l’antisémitisme dont le judéo-bolchévisme n’était qu’un des manifestations.

Dans Les Origines du totalitarisme, Hannah Arendt montre bien les deux écueils à éviter lorsqu’on pense l’antisémitisme: l’idée d’un antisémitisme anhistorique, sorte de «malédiction» sur le peuple juif, et l’idée du «bouc émissaire» des Juifs comme victimes contingentes de l’histoire. Elle écrit: «Cette théorie qui présente les Juifs comme d’éternels boucs émissaires implique que le bouc émissaire aurait pu être tout aussi bien n’importe qui d’autre». Dire que les Juifs furent des boucs émissaires, c’est finalement éluder la profondeur et la spécificité de l’antisémitisme en affirmant que n’importe quels«parias» auraient pu subir ce déchaînement de violence.

C’est bien cette théorie que reprennent ceux qui voient dans les musulmans d’aujourd’hui les nouvelles victimes expiatoires de la crise de nos démocraties. C’est nier délibérément la montée de l’islamisme, et que celui-ci produit lui-même aujourd’hui dans certains milieux musulmans une nouvelle forme d’antisémitisme. Une réalité dont Benoît Hamon devrait tenir compte plutôt que de se lancer dans des rapprochements terminologiques hasardeux.