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« L’antisémitisme se nourrit d’une ignorance que l’État français ne se donne pas la peine de combler »

  • Laurent Stalla-BourdillonPrêtre et enseignant au Collège des Bernardins

TRIBUNE. Alors que la fête juive de Hanoukka s’achève ce week-end, le prêtre et théologien Laurent Stalla-Bourdillon s’interroge sur l’antisémitisme en France. Selon lui, en se focalisant sur les questions communautaires, l’État français ferait l’impasse sur une juste connaissance du religieux.

 

 

« L’antisémitisme se nourrit d’une ignorance que l’État français ne se donne pas la peine de combler »
 

L’antisémitisme se traduit habituellement par des préjugés et des interprétations diffamatoires, des attitudes haineuses, des agressions verbales ou physiques à l’encontre des personnes qui appartiennent ou sont supposées appartenir à la communauté juive. Nom de famille ou prénom, traditions ou pratiques religieuses, modes de vie, apparence physique sont les cibles d’expressions méprisantes. Qu’est-ce qui peut bien susciter une telle haine ? Est-ce la conscience de l’antériorité du judaïsme sur les autres traditions ? Et si c’était de manière plus inavouée la conviction refoulée qu’en dépit de sa singularité, il contient, en réalité, une proposition universelle ?

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Cette universalité du judaïsme que respire le christianisme se trouve dans la promesse faite à Abraham, dans la foi de Moïse et dans l’attente d’un Messie dont la signification dépasse le périmètre des seules communautés juive et chrétienne. S’il est vrai que cette promesse porte sur la restauration et l’accomplissement de la nature humaine, alors elle s’étend à toute chair, c’est-à-dire à toute personne humaine. Devant tant de désastres humains, qui ne désirerait la guérison de l’humanité ? Il ne s’agit donc pas d’une universalité d’adhésion de tous à la communauté juive, (les juifs ne recherchent pas les conversions au judaïsme), mais de l’accueil par tous et partout de ce que cette tradition spirituelle partage de sa foi au bénéfice de l’humanité entière. La question revient à interroger la singularité de la foi du peuple juif et la vérité qu’elle contient. Et c’est là sans doute, le nœud du problème.

Le judaïsme, plus qu’un particularisme religieux

Ayant reconnu en Jésus le Messie promis à Israël, les chrétiens attestent de la vérité de la promesse faite au peuple juif. Dans la foi de son baptême, un chrétien a reconnu en Jésus la « Gloire d’Israël son peuple et la lumière pour éclairer les nations ». Les chrétiens, en reconnaissant la portée universelle de la venue du Messie, peuvent davantage préserver la foi d’Israël de l’étrange singularité où la société tend à l’enfermer. Est-il digne de tolérer le judaïsme dans la société française seulement au titre d’un particularisme religieux sans jamais s’intéresser au fond de son message ? Il convient de regretter profondément cette attitude, car ce silence participe de la possibilité de ne pas se sentir concerné par l’énoncé de la foi juive. Sans même songer à une quelconque adhésion de foi, on doit reconnaître la richesse inouïe que donne le judaïsme, la profondeur et la qualité de son questionnement, un questionnement vital pour l’humanité !

Comment se fait-il que la société française ne s’intéresse plus ou si peu à la signification des textes bibliques et à la manière dont les juifs les comprennent et les commentent ? Considère-t-elle, comme s’en inquiétait Catherine Chalier dans son introduction à Lire la Torah, que ces textes ne devraient être étudiés « qu’avec les outils rationnels et critiques, pour soustraire leur objet d’étude à tout statut exceptionnel, lutter contre son emprise aliénante sur les intelligences et contre ses conséquences néfastes dans le domaine moral et politique, en fragilisant de façon décisive la source même dont ces dernières proviennent. »

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La lecture politique du judaïsme et du religieux en général s’arrête aux critères communautaires. Les conceptions religieuses de notre époque se sont hélas tellement fixées sur des questions de préceptes et d’interdits, qu’elles ont totalement oublié le véritable enjeu du sens de la vie et de la mort, du rêve d’unité et de paix. Les religions ne sont pas là pour contraindre, mais pour ouvrir l’intelligence au sens transcendant de l’existence, éveiller l’esprit humain à ce qui lui demeure et demeurera à jamais inconnaissable. Nos sociétés modernes, en se refusant à interroger le mystère, se recroquevillent sur des interprétations étroites et pauvres des religions, les réduisant à des orthopraxies tolérées mais souvent moquées. Elles s’estiment quittes avec les religions lorsqu’elles autorisent le libre exercice du culte. Même les chrétiens ne pourront rien annoncer à leurs contemporains du sens de leur foi en un juif, Jésus, s’ils ne font pas l’effort d’expliquer en quoi les prophéties et l’histoire d’Israël éclairent le mystère de notre nature humaine.

Une responsabilité sociale et politique

Il est triste et affolant de voir la permanence de l’antisémitisme se nourrir d’une ignorance persistante. Il est désolant et inquiétant de voir la société française incapable d’encourager une connaissance citoyenne des religions. Notre triste histoire à l’égard du judaïsme au siècle dernier, n’appelle-t-elle pas une considération plus grande à sa pensée et sa culture ? N’y a-t-il pas aujourd’hui une grave responsabilité sociale et politique dans l’antisémitisme en France, par l’effet de ce déni de curiosité, de considération sincère, c’est-à-dire de culture et d’esprit, qui fait que les jeunes Français ne sont pas initiés aux sens spirituels des traditions religieuses ? L’approche seulement sociale n’est pas suffisante pour réjouir les intelligences et les éveiller à la joie du dialogue, afin que dans le dialogue, elles éprouvent la vraie vie.

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Si l’État français voulait lutter davantage contre l’antisémitisme, il ne se contenterait pas de donner des gages de protection à une communauté, risquant de renforcer haine ou jalousie ; il oserait appeler les citoyens à une appropriation réciproque des traditions, seule capable de faire naître l’estime et l’amitié face à l’énigme de la vie et de la mort. La santé psychique d’une société se dégrade lorsque lui sont retirées les espérances qui fondent ses raisons de vivre. C’est dans cette impasse que s’est engagée la France et il est temps d’en sortir. Ce sera en témoignant d’une estime sincère pour la foi et l’espérance des citoyens, qu’elle verra la fraternité fortifier son unité.

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L. Stalla-Bourdillon est également directeur du Service pour les Professionnels de l’Information

Source :« L’antisémitisme se nourrit d’une ignorance que l’État français ne se donne pas la peine de combler » (la-croix.com)

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Marcel Hoffmann, cheminot lillois nommé Juste parmi les nations

Les faits :

 

Marcel Hoffmann a reçu à titre posthume la médaille et le diplôme de Juste parmi les nations, lors d’une cérémonie organisée vendredi 26 novembre au Sénat. Ce cheminot, décédé en 1957, a sauvé une quarantaine d’enfants et d’adultes juifs en gare de Lille-Fives, le 11 septembre 1942.

  • Julie Connan, 

Lecture en 3 min.

Marcel Hoffmann, cheminot lillois nommé Juste parmi les nations
 
Marcel Hoffmann a été décerné par le mémorial israélien de Yad Vashem du titre de Juste parmi les nations, la plus haute distinction de l’État d’Israël.COMITÉ FRANCAIS POUR YAD VASHEM

« J’ai réussi de 13 à 23 heures à sauver une quarantaine d’enfants et adultes, qui furent recueillis par des personnes charitables et hébergés durant toute l’occupation allemande… » Ces mots étaient de Marcel Hoffmann, qui s’est vu remettre à titre posthume la médaille et le diplôme de Juste parmi les nations. Le cheminot lillois, décédé en 1957, était représenté par sa fille Monique Pradel, lors d’une cérémonie organisée au Sénat, vendredi 26 novembre. Ce titre, décerné par le mémorial israélien de Yad Vashem, est la plus haute distinction de l’État d’Israël.

→ PORTRAIT. Camp de Drancy : Camille Mathieu, un Juste parmi les nations

Ce qui compte vraiment dans l’actualité
 
« Voyez, j’ai un nom allemand »

Marcel Hoffmann a été un des « héros de l’ombre » dans ce que Serge Klarsfeld a qualifié de « plus grand sauvetage de juifs d’une gare française ». Le 11 septembre 1942, plusieurs enfants juifs, dont Jacques et Jean Stulzaft, enfants de marchands lillois, sont transférés à la gare de Lille-Fives, après avoir été arrêtés et emmenés à la Kommandantur à Lille. Parmi les cheminots de cette gare, dont nombreux sont des résistants, se trouve Marcel Hoffmann.

« Le 11 septembre 1942, les Israélites furent ramassés et parqués en gare de Fives sous la surveillance de gendarmes allemands pour être ensuite dirigés vers les camps de la mort. N’écoutant que mon patriotisme et par humanité, je me suis glissé dans ce groupe et, au mépris du danger que j’encourais et des péripéties parfois dangereuses, j’ai usé de ruse », explique Marcel Hoffmann dans un document d’archives.

Un second sauvetage

Une fois sauvés, les deux frères sont hébergés par une famille de cheminots. Mais Jacques est blessé lors du bombardement du 8 novembre 1942. Opéré à l’hôpital Saint-Sauveur de Lille, le garçon reçoit la visite de Marcel Hoffmann qui comprend très vite que l’infirmière en chef a des soupçons sur l’origine du garçon et risque de le livrer à la Gestapo. Le cheminot lui sauve une seconde fois la vie en le faisant sortir immédiatement de l’hôpital. Dans l’après-guerre, il ira même jusqu’en Allemagne pour ramener les quelques membres de la famille Stulzaft rescapés de l’extermination nazie, rapporte Yad Vashem.

« Je suis très émue d’être là. La France a fait beaucoup pour les juifs après la Seconde Guerre mondiale. Même des années après, le pays a continué à en accueillir de la meilleure façon, y compris des juifs venant des pays arabes », explique Émilie Moatti, vice-présidente de la Knesset et membre du parti travailliste Haavoda, venue assister à la cérémonie à Paris. « C’est important de montrer notre appréciation. »

Au 1er janvier 2021, 27 921 personnes de 51 pays ont reçu la distinction de Juste parmi les Nations pour leur protection apportée à des juifs pendant la Shoah.

Source : https://www.la-croix.com/France/Marcel-Hoffmann-cheminot-lillois-nomme-Juste-parmi-nations-2021-11-26-1201187190

 

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