Catégorie : TIMES OF ISRAEL

Le massacre de Babi Yar hante toujours l’Ukraine | Times of Israel

 
The ?Crystal Wall of Crying,? by conceptual and performance artist, Marina Abramovi? will be one of the biggest art installations constructed in Europe during the last decade (PRNewsfoto/Babyn Yar Holocaust Memorial Center)

Babi Yar: « Le premier crime fut l’effacement de l’homme, le second la dissimulation » (Isaac Herzog)

Le président israélien Isaac Herzog lors d'une cérémonie commémorative à Babi Yar à Kiev, le 6 octobre 2021
STR / Ukrainian presidential press-service / AFPLe président israélien Isaac Herzog lors d’une cérémonie commémorative à Babi Yar à Kiev, le 6 octobre 2021

Le président israélien Isaac Herzog a récité la prière des morts – Yizkor – lors de la cérémonie commémorative mercredi soir marquant le 80e anniversaire du massacre nazi de dizaines de milliers de juifs à Babi Yar, les 29 et 30 septembre 1941.

« Des familles entières ont été supprimées », a rappelé M. Herzog tandis que près de 34.000 civils juifs ont été assassinés dans le ravin de Kiev.

« Le premier crime fut l’effacement de l’homme, puis le second la dissimulation et l’oubli, effacer les preuves, effacer la mémoire », a-t-il dénoncé estimant que « le désir de cacher n’a fait que renforcer l’horreur ».

« Les corps ont été brûlés, les cendres broyées », a-t-il souligné appelant à l’heure du souvenir, et « c’est pour ça que nous sommes ici ».

« Sur le sol ukrainien a fleuri l’une des communautés juives des plus importantes au monde produisant des dirigeants, des hommes d’Etat, des intellectuels, des poètes, et des rabbins », a indiqué M. Herzog évoquant dans le même temps « les pogroms qui se sont produits en cet endroit ».

« Ne nous y trompons pas, de nos jours l’antisémitisme existe encore et souille la mémoire des morts », a-t-il regretté exhortant les dirigeants de tous les pays à condamner « fermement » ce fléau.

« Nous devons assurer ici à toute l’humanité, où le monde a vu et s’est tu, qu’il n’y aura plus jamais un autre Babi Yar », a-t-il affirmé.

A l’occasion de ces commémorations, un « Mur des Pleurs en cristal », une oeuvre de 40 mètres de haut incrustée de quartz, a été inauguré, créé par l’artiste serbe Marina Abramovic, et commandé par la fondation Babyn Yar Holocaust Memorial Center.

i24NEWS dernière modification 06 octobre 2021, 22:28

Babi Yar : un avocat demande le procès du dernier auteur présumé encore en vie

L’affaire contre Herbert Waller, 99 ans, a été précédemment abandonnée parce qu’il était sur le site de la tuerie ukrainienne en tant qu’infirmier

 

JTA – Il y a 80 ans, un ravin au nord de ce qui est aujourd’hui la capitale de l’Ukraine s’est transformé en un bain de sang lorsque les nazis, aidés par des collaborateurs locaux, ont abattu des dizaines de milliers de Juifs en deux jours.

À la fin du mois de septembre 1941, des collaborateurs ukrainiens ont amené plus de 33 000 Juifs sur les collines du ravin de Babi Yar à Kiev, où les soldats de l’armée d’Adolf Hitler ont exécuté groupe après groupe des victimes sans défense – des enfants, ainsi que des femmes et des hommes de tous âges.

Les victimes étaient abattues avec des mitrailleuses dans des fosses. Lorsqu’aucune ne restait debout, les auteurs sautaient dans la fosse avec leurs victimes pour achever les mourants et ceux qui faisaient semblant d’être morts. Puis les corps étaient enterrés et un nouveau groupe de victimes était amené à se tenir debout sur la fine couche de terre fraîche qui recouvrait leurs frères.

Les 80 ans du massacre, première fusillade de masse de ce que l’on appelle aujourd’hui « la Shoah par balles », suscite une vague de commémorations, dont une cérémonie en Israël en l’honneur d’un survivant et une pièce commémorative en Ukraine, où les collaborateurs nazis sont malheureusement de plus en plus célébrés aux côtés de leurs victimes.

Elle donne également un nouvel élan à la mission d’un avocat allemand qui souhaite traduire en justice un homme qui, selon lui, pourrait être le dernier auteur de Babi Yar en vie, un Allemand de 99 ans nommé Herbert Waller.

Pour Hans Brehm et ses partenaires, la tentative d’inculper Waller est un effort symbolique et ultime pour corriger des décennies de ce qu’ils considèrent comme une inaction des autorités allemandes à l’encontre de presque toutes les personnes responsables du plus grand pogrom de Juifs de toute la Shoah. Sur les quelque 700 participants, seuls 10 ont été condamnés pour un crime.

Premiers efforts pour localiser et identifier les restes à Babi Yar en 1966. (Crédit : Joseph Schneider via la Bibliothèque nationale d’Israël)

La semaine dernière, Brehm s’est rendu à Kiev pour s’entretenir avec des parents de victimes de Babi Yar. En effet, en vertu du droit allemand, les parties touchées par des crimes majeurs peuvent engager des poursuites pénales contre les accusés, même si les procureurs décident de ne pas les inculper.

« Je veux que cet homme soit traîné devant un juge », a déclaré Brehm à Der Spiegel cette semaine. Il est conscient qu’il y a peu de chances que le tribunal punisse un défendeur aussi âgé, a-t-il ajouté. Brehm a dit qu’il voulait seulement que Waller soit mis en examen, et s’il est reconnu coupable, qu’il soit condamné.

« Il s’agit d’expiation, de justice tardive », a déclaré Brehm.

Le nom de Waller a été signalé pour la première fois en 2014 à l’Office central des administrations judiciaires de l’État allemand pour l’enquête sur les crimes nationaux-socialistes, dans une liste de 80 noms qui leur a été remise par Efraim Zuroff, le célèbre « chasseur de nazis » du Centre Simon Wiesenthal. Ces hommes étaient membres des Einsatzgruppen : les escadrons de la mort de l’armée allemande qui, entre 1941 et 1943, ont abattu plus de 2 millions de Juifs en Europe de l’Est.

Des personnes allument des bougies au mémorial de Minora à Kiev, le 29 septembre 2021, à l’occasion du 80e anniversaire du massacre de Babi Yar, l’un des plus grands massacres de Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale (Crédit : Sergei SUPINSKY / AFP).

En 2017, le bureau a commencé à enquêter sur Waller mais a abandonné l’affaire après avoir découvert qu’il était stationné à Babi Yar en tant qu’infirmier et qu’il ne pouvait donc pas être prouvé qu’il avait activement participé aux tueries.

Brehm, 73 ans, ne croit pas à cet argument, a-t-il déclaré à Der Spiegel. « Pourquoi avez-vous besoin d’auxiliaires médicaux dans un massacre ? » a-t-il déclaré.

Zuroff a déclaré à la Jewish Telegraphic Agency qu’il partageait ce scepticisme. Les Einsatzgruppen fonctionnaient comme n’importe quelle unité militaire, les membres participant collectivement à toutes les missions.

« C’est ridicule. Ce n’est pas comme s’il y avait des Einsatzgruppen tueurs de juifs et des Einsatzgruppen non meurtriers », a-t-il déclaré.

Presque tous les auteurs du massacre de Babi Yar – l’historienne Franziska Davies estime qu’environ 700 hommes étaient impliqués – ont échappé à la justice.

Paul Blobel, SS-Standartenfuhrer, lors du procès des Einsatzgruppen, en octobre 1947. Il est le principal responsable du massacre de Babi Yar à Kiev. (Crédit : Photo AP)

Lors du procès de Nuremberg dans les années 1940, un nazi, Paul Blobel, a été condamné à mort et exécuté pour les crimes commis à Babi Yar, entre autres.

Deux autres ont été condamnés à des peines de prison. Un procès en 1968 s’est conclu par des peines de prison de 4 à 15 ans pour sept accusés ; trois hommes ont été acquittés lors de ces procès, les derniers de tous les auteurs de Babi Yar.

« Le traitement inadéquat des [crimes] de Babi Yar est indigne d’un État constitutionnel », a déclaré Brehm.

D’après son expérience, Babi Yar, également appelé Babyn Yar, ne signifie rien pour les Allemands d’aujourd’hui, quel que soit leur âge. « Quand je demande aux gens s’ils le connaissent, ils me demandent si c’est le nom d’une ville de Mongolie », a-t-il déclaré à Der Spiegel.

En Ukraine, Babi Yar est également relativement obscure, en partie en raison du refus des autorités communistes de le commémorer pendant des décennies. Ce refus s’inscrivait dans le cadre d’une politique plus large qui minimisait les souffrances des Juifs pendant la Shoah, en les intégrant dans le récit soviétique du sacrifice patriotique dans la lutte contre le nazisme.

Pour corriger cette erreur, des philanthropes, des militants et les autorités ukrainiennes ont créé un nouveau musée et un centre commémoratif sur le site, le Babi Yar Shoah Memorial Center. Diverses initiatives visant à commémorer les victimes de Babi Yar n’ont jamais abouti et, pendant des décennies, le seul souvenir de la tragédie était constitué de quelques petits monuments négligés dans des zones où des meutes de chiens erraient le jour et où des ivrognes se rassemblaient la nuit.

La banque centrale d’Ukraine a émis une pièce commémorative pour le 80e anniversaire, la première fois qu’une telle initiative a lieu en Ukraine.

Le site de Babi Yar à Kiev, en Ukraine, est composé de dizaines de ravins et de fossés où les forces nazies et leurs alliés ont tué des dizaines de milliers de Juifs et de non-Juifs en septembre 1941. (Crédit : avec l’aimable autorisation du Centre commémoratif de la Shoah de Babyn Yar via JTA)

En Israël, la Knesset s’est réunie la semaine dernière pour marquer cet anniversaire ; le président de la Knesset, Mickey Levy, a remis une médaille à Michael Sidko, l’un des derniers survivants connus des meurtres perpétrés à cet endroit. Il avait 6 ans à l’époque. Dans une vidéo produite à l’occasion de cet anniversaire, il rappelle comment un collaborateur ukrainien a battu sa sœur à mort devant sa mère, qui tenait son petit frère de 4 mois. Sa mère s’est effondrée et le collaborateur a également tué le bébé. « Je me souviens de tout. Jusqu’aux moindres détails. Mais je ne veux pas me souvenir. C’est trop douloureux », a-t-il dit.

Le 6 octobre, le gouvernement ukrainien organisera une cérémonie à Babi Yar, auxquels participeront le président ukrainien Volodymyr Zelenskyy, qui est juif, ainsi que le président Isaac Herzog et le président de l’Allemagne, Frank-Walter Steinmeier.

Pourtant, alors que l’Ukraine est de plus en plus sensibilisée à la question de Babi Yar, le pays voit également se multiplier les célébrations des actions des collaborateurs locaux qui ont facilité et parfois participé aux meurtres perpétrés par les nazis.

Ces dernières années, de nombreuses rues ont été baptisées en Ukraine du nom de Roman Shukhevych. Ses troupes sont soupçonnées d’avoir tué des milliers de Juifs. Lui et un autre nationaliste ukrainien, Stepan Bandera, font partie des hommes célébrés en héros aujourd’hui pour avoir fait équipe avec l’Allemagne nazie contre l’Union soviétique pendant la Seconde Guerre mondiale.

Des Ukrainiens tiennent des torches enflammées alors qu’ils se rassemblent à Kiev, en Ukraine, le 5 mars 2010, pour marquer le 60e anniversaire de la mort de Roman Shukhevych, homme politique, chef militaire et collaborateur nazi ukrainien. (Crédit : AP Photo/Sergei Chuzavkov)

À Kiev, les autorités municipales ont annoncé leur intention d’installer des panneaux commémorant le maire de Kiev pendant la guerre, Vladimir Bagaziy, en tant que victime des massacres de Babi Yar.

Bagaziy a été tué à Babi Yar, avec des dizaines de milliers d’autres non-Juifs, mais quelques mois après le massacre des Juifs locaux et seulement après avoir initialement collaboré avec l’occupation nazie. Selon certains témoignages, Bagaziy a été vu observant, le meurtre des Juifs à Babi Yar alors qu’il était encore un allié des nazis. L’intention de l’honorer en rapport avec Babi Yar a provoqué les protestations du Comité juif ukrainien, l’un des nombreux groupes représentant les intérêts des Juifs ukrainiens.

Les deux tendances – commémorer les victimes tout en célébrant certains auteurs – « ne vont pas ensemble », a prévenu Zuroff, citant les protestations des diplomates israéliens, polonais, allemands et américains.

M. Zelensky a clairement fait savoir qu’il n’appréciait pas la vénération de personnes comme Bandera, mais il ne l’a pas interdite et n’est pas intervenu contre elle – des actions qui n’aideraient probablement pas sa popularité en chute libre ni ses projets de réforme économique.

« Les Ukrainiens finiront par devoir choisir leur position sur ce sujet », a déclaré M. Zuroff. « Je crois qu’ils feront le bon choix ».

Par CNAAN LIPHSHIZ 4 octobre 2021, 18:35

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Poutine présente Israël comme modèle d’unité pour les Ukrainiens et les Russes

Le dirigeant russe utilise à nouveau son affinité avec les Juifs pour suggérer que des personnes d’origines différentes peuvent vivre ensemble comme une seule nation

Le président russe Vladimir Poutine au 5e Forum de la Shoah, à Jérusalem, le 23 janvier 2020. (Crédit by Abir SULTAN / POOL / AFP)
Le président russe Vladimir Poutine au 5e Forum de la Shoah, à Jérusalem, le 23 janvier 2020. 
Vladimir Poutine aime manifestement parler des Juifs et d’Israël.

Cette fois, il a suggéré qu’Israël offrait un bon modèle pour ses desseins sur l’Ukraine.

Si l’on regarde en arrière, lors d’un panel sur l’énergie en 2017, le président russe avait blagué pendant 90 secondes sur un soldat israélien malin qui a été interrogé par son commandant sur la façon de faire face à plusieurs ennemis. Le conseil du soldat : envoyez plus de troupes.

En 2019, en entendant parler des difficultés financières d’un rabbin en Crimée, Poutine a plaisanté : « Les Juifs ont donc des problèmes de finances ! » Puis il a dit au rabbin « Todah rabah », ce qui signifie « merci beaucoup » en hébreu.

Mais la dernière prise de position de Poutine, formulée mardi à la télévision, est allée un peu plus loin, donnant un aperçu rare de ce qu’il pense du peuple juif. Il a essentiellement suggéré que les peuples slaves s’inspirent des Israéliens et s’unissent pour former un seul peuple malgré leurs différences ethniques, historiques et linguistiques.

Lors de sa session annuelle de questions-réponses en direct pendant une conférence de presse, Poutine a été interrogé sur les raisons pour lesquelles la Russie n’avait pas officiellement classé l’Ukraine comme un pays hostile malgré la guerre de basse intensité qui oppose les deux pays depuis 2014.

« Parce que je ne pense pas que le peuple ukrainien soit un peuple hostile pour nous », a répondu le dirigeant russe, ajoutant que les Ukrainiens et les Russes « sont généralement un seul peuple ».

Poutine a poursuivi en proposant Israël comme modèle.

« Regardez, les Juifs viennent en Israël d’Afrique, d’Europe, d’autres pays du monde. Les Africains sont noirs, n’est-ce pas ? Les gens viennent d’Europe – ils parlent yiddish, pas hébreu. Ils semblent être différents les uns des autres, mais malgré tout, le peuple juif tient à son unité », a-t-il déclaré.

Poutine a entretenu des liens affectifs forts avec les Juifs russes, qui se sont traduits par une série de politiques favorables. Sous la direction de Poutine, les autorités ont réprimé les crimes haineux antisémites et les communautés juives ont reçu des millions de dollars en compensation des biens confisqués par les communistes, ce qui a contribué à alimenter un renouveau culturel et religieux.

Le premier de ces contacts a été établi avec une famille juive qui vivait dans l’immeuble de sa famille à Leningrad, aujourd’hui Saint-Pétersbourg. Ils se sont occupés de Poutine alors qu’il était enfant et que ses parents travaillaient pendant de longues journées.

« C’étaient des Juifs pratiquants qui ne travaillaient pas le samedi et l’homme étudiait la Bible et le Talmud toute la journée », a écrit Poutine dans l’une de ses biographies. « Une fois, je lui ai même demandé ce qu’il marmonnait. Il m’a expliqué ce qu’était ce livre et j’ai été immédiatement intéressé. »

Une autre figure juive influente pour Poutine était son entraîneur de lutte, Anatoly Rakhlin, qui a suscité l’intérêt du jeune Poutine pour le sport et l’a sorti des rues difficiles de Leningrad, où Poutine se battait pendant que ses parents travaillaient. Lors des funérailles de Rakhlin en 2013, Poutine aurait été submergé par l’émotion et aurait abandonné sa garde rapprochée pour faire une courte promenade solitaire.

En 2014, lors d’une visite en Israël, il a rencontré son ancienne professeure d’allemand, Mina Yuditskaya Berliner, une autre figure influente dans sa vie car elle lui a donné les compétences linguistiques qui l’ont aidé plus tard à gravir les échelons du KGB. Ils ont eu une discussion de deux heures dans l’appartement qu’elle louait ; il a ensuite acheté l’appartement pour elle.

Mme Berliner a laissé l’appartement à M. Poutine dans son testament, et il lui a été rendu après sa mort en 2018.

Les deux principales organisations communautaires juives de Russie voient Poutine comme une force amicale pour les Juifs russes. Dans le même temps, des dizaines de milliers de Juifs russes ont commencé à partir ces dernières années alors que Poutine resserrait son emprise sur les médias, sur les tribunaux, sur les droits des personnes LGBT, sur les autres minorités et le peu qui reste de la liberté d’expression en Russie.

Quant à la comparaison avec Israël, les Ukrainiens ont tendance à ne pas être d’accord sur le fait que « les Ukrainiens et les Russes constituent un seul peuple », comme l’a déclaré Poutine mardi. Un site d’information pro-démocratique de Kiev a rapporté que Poutine était comme un « disque rayé » sur ce sujet.

“T. Palestiniens occ.”, indiqué sur le passeport britannique d’une Israélienne

Ayelet Balaban a été choquée de découvrir la mention peu après que son entreprise a été touchée par des roquettes du Hamas

Le passeport britannique qu’Ayelet Balaban a reçu en juin 2021, avec son lieu de naissance indiquant “Territoires palestiniens occupés” à la place de Jérusalem. (Autorisation)

Une Israélienne née à Jérusalem et de nationalité britannique a déclaré mercredi avoir été choquée de découvrir que son nouveau passeport britannique mentionnait son lieu de naissance comme étant les “Territoires palestiniens occupés”.

Ayelet Balaban, dont le père est Britannique, est née à l’hôpital Hadassah, mont Scopus, à Jérusalem.

L’établissement se trouve sur le territoire qui a formé une enclave israélienne entre la guerre d’Indépendance de 1948 et la guerre des Six Jours de 1967, date à laquelle les forces israéliennes ont capturé les zones environnantes à la Jordanie. Le site du mont Scopus, que l’hôpital partage avec l’Université hébraïque, n’a jamais appartenu à Jérusalem-Est sous contrôle jordanien.

Balaban a fait sa demande de nouveau passeport en ligne, et affirme avoir envoyé l’ancien par courrier au Royaume-Uni le 23 mai, deux jours après la fin du conflit de 11 jours entre le Hamas et l’Israël, connu sous le nom “d’Opération Gardien des Murs”.

Elle a rapporté avoir reçu le nouveau document lundi soir.

“J’ai été choquée de voir que mon lieu de naissance est passé de Jérusalem à Territoires palestiniens occupés”, a-t-elle déclaré mercredi au “The Times of Israel”.

Ayelet Balaban. (Autorisation)
 

Balaban a d’abord pensé qu’elle avait fait une erreur en remplissant le formulaire en ligne, ou cru que le fait qu’elle vivait maintenant dans le village relativement nouveau de Ganei Tal, fondé par d’anciens résidents du Gush Katif à Gaza après le retrait d’Israël de la zone en 2005, avait peut-être pu jouer.

“Je n’avais jamais vécu là-bas [avant 2005], mais j’ai pensé qu’ils avaient peut-être confondu. Mais l’endroit où je vis n’apparaît même pas sur mon passeport”, a déclaré Balaban.

Balaban et son mari Avi dirigent une pépinière de plantes et de fleurs à Ashkelon. La pépinière, qui a été touchée par les tirs du Hamas, a été fermée pendant le conflit de mai.

“Vivant dans le sud et travaillant près de la frontière de Gaza, nous venions de [vivre] l’opération [militaire] et j’étais complètement choquée”, a déclaré Balaban. “Après tout ce que nous avons vécu, comment est-il possible de faire cela sur un passeport ?”

“C’était vraiment difficile, car nous avons fermé pendant 11 jours”, a-t-elle déclaré. “Des roquettes sont tombées sur nos serres, donc nous ne pouvions même pas y aller.”

“Nous avons simplement essayé de panser ces blessures, et cela a été vraiment choquant pour moi”, a-t-elle déclaré.

Balaban n’a pas contacté l’ambassade du Royaume-Uni en Israël. Mais celle-ci, interrogée par “The Times of Israel”, a simplement indiqué qu’elle enquêtait sur l’affaire.

L’ancien passeport d’Ayelet Balaban, qui indique son lieu de naissance comme “Jérusalem”. (Autorisation)

Balaban a déclaré que son frère, qui a renouvelé son passeport britannique il y a deux ans, avait lui eu “Jérusalem” comme endroit de naissance, ce qui l’a amenée à croire qu’il pourrait s’agir d’une nouvelle politique.

Elle a déclaré avoir envoyé un courrier électronique à l’ambassadrice d’Israël au Royaume-Uni, Tzipi Hotovely, pour demander une explication, mais qu’elle n’avait pas encore eu de réponse.

L’hôpital Hadassah Mount Scopus à Jérusalem, le 15 mars 2017. (Crédit : Yonatan Sindel, Flash90)

Le lieu de naissance figurant sur le passeport des personnes nées à Jérusalem a également été une question litigieuse pour les citoyens ayant la double nationalité, et certains ont mené une longue bataille juridique pour que la mention “Jérusalem, Israël” figure sur leur passeport américain au lieu de “Jérusalem”.

En 2015, la Cour suprême des États-Unis avait annulé une loi contestée de 2002 qui aurait permis aux Américains nés à Jérusalem d’inscrire leur lieu de naissance comme Israël sur leurs passeports américains. Le tribunal a statué que le Congrès avait outrepassé son rôle quand il a approuvé la loi, ce qui aurait forcé le Département d’État à modifier sa politique de longue date consistant à ne pas indiquer Israël comme lieu de naissance des Américains nés à Jérusalem.

Mais l’année dernière, le secrétaire d’État américain d’alors, Mike Pompeo, a annoncé un changement dans cette politique de longue date du département d’État, permettant aux citoyens américains nés à Jérusalem de décider s’ils voulaient la mention “Jérusalem, Israël” sur leurs passeports.

Source : fr.timesofisrael.com

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« T. Palestiniens occ. » indiqué sur le passeport britannique d’une Israélienne

Ayelet Balaban, née à Jérusalem et qui a la double nationalité, a été choquée de découvrir la mention peu après que son entreprise a été touchée par des roquettes du Hamas

Le passeport britannique qu'Ayelet Balaban a reçu en juin 2021, avec son lieu de naissance indiquant « Territoires palestiniens occupés » à la place de Jérusalem. (Autorisation)

Le passeport britannique qu’Ayelet Balaban a reçu en juin 2021, avec son lieu de naissance indiquant « Territoires palestiniens occupés » à la place de Jérusalem. (Autorisation)

Une Israélienne née à Jérusalem et de nationalité britannique a déclaré mercredi avoir été choquée de découvrir que son nouveau passeport britannique mentionnait son lieu de naissance comme étant les « Territoires palestiniens occupés ».

Ayelet Balaban, dont le père est Britannique, est née à l’hôpital Hadassah Mount Scopus à Jérusalem.

L’établissement se trouve sur le territoire qui a formé une enclave israélienne entre la guerre d’Indépendance de 1948 et la guerre des Six jours de 1967, date à laquelle les forces israéliennes ont capturé les zones environnantes à la Jordanie. Le site du mont Scopus, que l’hôpital partage avec l’Université hébraïque, n’a jamais appartenu à Jérusalem-Est sous contrôle jordanien.

Balaban a fait sa demande de nouveau passeport en ligne, et affirme avoir envoyé l’ancien par courrier au Royaume-Uni le 23 mai, deux jours après la fin du conflit de 11 jours entre le Hamas et Israël, connu sous le nom d’ « Opération Gardien des Murs ».

Elle a rapporté avoir reçu le nouveau document lundi soir.

« J’ai été choquée de voir que mon lieu de naissance est passé de Jérusalem à Territoires palestiniens occupés », a-t-elle déclaré mercredi au Times of Israël.

Ayelet Balaban. (Autorisation)

Balaban a d’abord pensé qu’elle avait fait une erreur en remplissant le formulaire en ligne, ou cru que le fait qu’elle vivait maintenant dans le village relativement nouveau de Ganei Tal, fondé par d’anciens résidents du Gush Katif à Gaza après le retrait d’Israël de la zone en 2005, avait peut-être pu jouer.

« Je n’avais jamais vécu là-bas [avant 2005], mais j’ai pensé qu’ils avaient peut-être confondu. Mais l’endroit où je vis n’apparaît même pas sur mon passeport », a déclaré Balaban.

Balaban et son mari Avi dirigent une pépinière de plantes et de fleurs à Ashkelon. La pépinière, qui a été touchée par les tirs du Hamas, a été fermée pendant le conflit de mai.

« Vivant dans le sud et travaillant près de la frontière de Gaza, nous venions de [vivre] l’opération [militaire] et j’étais complètement choquée », a déclaré Balaban. « Après tout ce que nous avons vécu, comment est-il possible de faire cela sur un passeport ? »

« C’était vraiment difficile, car nous avons fermé pendant 11 jours », a-t-elle déclaré. « Des roquettes sont tombées sur nos serres, donc nous ne pouvions même pas y aller. »

« Nous avons simplement essayé de panser ces blessures, et cela a été vraiment choquant pour moi », a-t-elle déclaré.

Balaban n’a pas contacté l’ambassade du Royaume-Uni en Israël. Mais celle-ci, interrogée par le Times of Israël, a simplement indiqué qu’elle enquêtait sur l’affaire.

L’ancien passeport d’Ayelet Balaban, qui indique son lieu de naissance comme « Jérusalem ». (Autorisation)

Balaban a déclaré que son frère, qui a renouvelé son passeport britannique il y a deux ans, avait lui eu « Jérusalem » comme endroit de naissance, ce qui l’a amenée à croire qu’il pourrait s’agir d’une nouvelle politique.

Elle a déclaré avoir envoyé un courrier électronique à l’ambassadrice d’Israël au Royaume-Uni, Tzipi Hotovely, pour demander une explication, mais qu’elle n’avait pas encore eu de réponse.

L’hôpital Hadassah Mount Scopus à Jérusalem, le 15 mars 2017. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le lieu de naissance indiqué sur le passeport pour les personnes nées à Jérusalem a également représenté une question controversée pour les citoyens ayant la double nationalité américaine, et certains ont mené une longue bataille juridique pour que « Jérusalem, Israël » figure sur leurs passeports américains au lieu de simplement « Jérusalem ».

En 2015, la Cour suprême des États-Unis avait annulé une loi contestée de 2002 qui aurait permis aux Américains nés à Jérusalem d’inscrire leur lieu de naissance comme Israël sur leurs passeports américains. Le tribunal a statué que le Congrès avait outrepassé son rôle quand il a approuvé la loi, ce qui aurait forcé le Département d’État à modifier sa politique de longue date consistant à ne pas indiquer Israël comme lieu de naissance des Américains nés à Jérusalem.

Mais l’année dernière, le secrétaire d’État américain d’alors, Mike Pompeo, a annoncé un changement dans cette politique de longue date du département d’État, permettant aux citoyens américains nés à Jérusalem de décider s’ils voulaient la mention « Jérusalem, Israël » sur leurs passeports.

Source : https://fr.timesofisrael.com/t-palestiniens-occ-indique-sur-le-passeport-britannique-dune-israelienne/?utm_source=A+La+Une&utm_campaign=a-la-une-2021-06-16&utm_medium=email

 

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Frédéric Potier fait le bilan de son mandat à la Dilcrah auprès du ToI

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    Frédéric Potier, préfet et Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH). (Crédit : DILCRAH)
    INTERVIEW

    Avant de rejoindre la RATP, l’auteur de plusieurs ouvrages sur le racisme se penche sur les entrepreneurs de haine dans un monde de plus en plus (dé)connecté

    Frédéric Potier, Délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) depuis mai 2017, a quitté ses fonctions le 12 février dernier. Sophie Elizéon, préfète de l’Aude, lui succédera à partir de la semaine prochaine.

    Diplômé de l’ENA et de l’Institut d’études politiques de Bordeaux, Frédéric Potier a rejoint le groupe RATP, où il a été nommé Délégué général à l’éthique et à la conformité. Il s’occupera des questions relatives à l’éthique, à la laïcité, à la diversité, à l’égalité hommes-femmes, aux violences sexuelles et aux discriminations.

    Il a publié ces dernières années plusieurs ouvrages, dont La matrice de la haine (2020) et Contre le racisme et l’antisémitisme (2019).

    Après plusieurs entretiens au Times of Israël durant son mandat à la DILCRAH, Frédéric Potier nous a accordé mi-février une interview bilan, juste avant sa prise de poste à la RATP.

    The Times of Israël : Quel bilan dressez-vous de votre mandat et de la situation aujourd’hui en France, en particulier en ce qui concerne l’antisémitisme ?

    Frédéric Potier : Il y a eu une baisse des actes et des menaces antisémites sur l’année 2020 – ce qui est surtout le résultat des périodes de confinement. Ce qui ne veut bien sûr pas dire que l’antisémitisme a disparu en France, mais simplement que sa manifestation – en tout cas pour l’année 2020 qui a été très atypique – en a été altérée.

    Je pense qu’on peut tirer un bilan positif à la DILCRAH sur les outils, les dispositifs, les actions, en particulier pour ce qui est formation, lutte à travers l’éducation, lutte avec les lieux de mémoire… On a aussi fait beaucoup de choses sur Internet.

    Mais il faut évidemment toujours garder une grande vigilance, car l’antisémitisme comme le racisme et l’homophobie ne disparaissent pas comme ça. Il n’y a pas de recette miracle ou de baguette magique. L’action reste toujours à renouveler, à réinventer, à requestionner… L’antisémitisme se réincarne souvent dans de nouvelles expressions. C’est un combat face auquel il ne faut jamais abdiquer.

    En 2019, vous déclariez au Times of Israël : « Il faut trouver les mesures opérationnelles, les actions, pour faire reculer l’antisémitisme. » Estimez-vous avoir trouvé en partie ces mesures ? Quelles actions concrètes a entrepris la DILCRAH dans la lutte contre l’antisémitisme ?

    Si je prends un peu de recul sur ces quatre dernières années, je pense que, quand j’ai pris mes fonctions en 2017, j’étais peut-être le seul à dire qu’il fallait absolument modifier la loi, que la haine sur Internet était quelque chose de très présent et qu’on ne pouvait pas en rester à la législation actuelle.

    La députée LREM Laetitia Avia en 2017. (Crédit : Wikimedia)

    J’estime que ce constat – que je faisais en mai 2017 – est depuis assez largement partagé, et je pense qu’aujourd’hui tout le monde reconnait qu’on doit modifier nos instruments juridiques – et qu’il ne s’agit pas seulement de désigner quelques magistrats supplémentaires.

    Cette question de la modération et de la transparence des réseaux sociaux s’est beaucoup posée. Nous avons beaucoup milité pour l’adoption de la loi Avia, qui a depuis été largement censurée [par le Conseil constitutionnel], mais le débat s’est aujourd’hui déplacé au niveau européen. Il y a désormais des discussions au niveau des 27 États sur l’impulsion de la Commission européenne, et j’ai bon espoir que ce texte européen, qui sera commun à tous les États de l’Union européenne, viendra combler des dispositifs qui sont aujourd’hui lacunaires.

    Le texte européen sera sans doute différent de ce qui a été pensé par Laetitia Avia et les députés, mais l’esprit sera le même. L’idée est que les réseaux sociaux sont des outils formidables, mais qu’ils créent aussi beaucoup d’externalités négatives, et qu’on ne peut pas uniquement s’en remettre au pouvoir public pour corriger les expressions de haine qui naissent sur ces réseaux sociaux.

    Je pense que, sur ces quatre ans, on a beaucoup progressé sur la prise de conscience. Je pense aussi qu’il y a beaucoup d’acteurs associatifs qui se sont renouvelés, notamment en créant et en animant des comptes [sur les réseaux sociaux], comme par exemple les lieux de mémoire – le Mémorial de la Shoah en particulier, le Musée d’art et d’histoire du judaïsme, la LICRA, SOS Racisme… Tout cet écosystème a su se renouveler, et il y a aussi des nouveaux acteurs, comme l’Observatoire du conspirationnisme avec Rudy Reichstadt et Tristan Mendès France. En 2017, ils étaient très marginaux. Ils ont aujourd’hui pris une vraie place, parce qu’on voit un problème de ce côté-là, et qu’il est nécessaire de le résoudre.

    Saluez-vous le blocage du compte de Donald Trump et de ceux de la mouvance QAnon et autres, ou cela peut-il représenter un problème pour la liberté d’expression ?

    Une capture d’écran du compte Twitter du président américain Donald Trump avec deux publications bloquées par Twitter, le 6 décembre 2021. (Capture d’écran)

    Oui et oui. Je considère que même Donald Trump doit respecter les lois, et il n’y a pas de raison que quelqu’un qui incite à la haine et à la violence ne fasse pas l’objet de modération.

    Mais à l’évidence, cela pose aussi un problème de transparence démocratique, puisqu’on a par conséquent des plateformes qui obéissent à leurs propres lignes directrices – et ça pose le problème du contrôle démocratique.

    Il ne faut pas qu’il y ait d’impunité, et il faut qu’il y ait aussi une forme d’égalité. Il n’y a pas de raison qu’un militant qui lutte contre l’antisémitisme se fasse censurer parce qu’il dénonce un certain nombre de dessins ou de pratiques, et que, d’un autre côté, des gouvernants en soient exemptés [de la modération] parce qu’ils sont gouvernants. Cela pose bien ces questions de transparence, de modération, et je pense qu’on a beaucoup progressé sur ces questions-là.

    L’antisémitisme s’est-il « décomplexé », est-il devenu « ordinaire » ces dernières années – dans l’espace public mais aussi sur les réseaux sociaux avec des hashtags antisémites régulièrement en tête des tendances (« #sijetaitunjuif », « #JewishPrivilege », « #UnBonJuif »), ou avec les récentes insultes visant Miss Provence ?

    Cet antisémitisme était déjà présent. Ce qu’on a pu appeler le « nouvel antisémitisme » n’est pas une découverte. C’est quelque chose qui prend aujourd’hui un essor très important sur les réseaux sociaux. Et je n’ai donc pas été particulièrement surpris.

    Cela montre que ce n’est pas une question de GAFAM américains, mais une question d’opérateurs et de gestion de leurs propres modèles de diffusion. C’est une question de volonté, d’engagement financier. Des acteurs considèrent nécessaires d’avoir des discussions et des collaborations avec des pouvoirs publics ; d’autres acteurs considèrent que, tant qu’il n’y pas de loi, ils n’auront pas besoin de faire grand chose. J’en reviens à la nécessité de légiférer.Ça appelle aussi à la responsabilité d’une plate-forme comme Twitter, qui n’est aujourd’hui pas à la hauteur de ses obligations. D’autres acteurs ont fait beaucoup de choses : Facebook a engagé de nombreux modérateurs, informe, a mis en place un fonds d’un million d’euros… Twitter n’en est pas du tout là.

    Quel est selon vous le principal danger pour les Juifs aujourd’hui en France : l’islamisme ? La haine anti-Israël qui pousse à des crimes antisémites ? Ou le vieil antisémitisme traditionnel d’extrême
    droite ?

    Ces trois sources existent à l’évidence. L’islamisme est évidemment lié à l’antisémitisme. La haine d’Israël et l’anti-sionisme sont également des vecteurs importants de l’antisémitisme que nous avons cherché à combattre, en particulier avec la définition de l’IHRA qu’on utilise dans nos formations et avec la résolution qu’on a aidé à faire adopter à l’Assemblée nationale. Et il y a aussi cet antisémitisme très classique qu’on trouve à l’extrême droite.

    Mais ces schémas-là sont peut-être un peu intellectuels, car ces trois sources se mélangent parfois. Ces schémas qui peuvent paraitre intellectuellement assez ordonnés peuvent se brouiller complètement dans l’esprit de personnes un peu détraquées.

    Je pense donc que, sur la question de l’antisémitisme, il n’y a que des combats à mener, et que la question n’est pas uniquement celle de la source, mais aussi celle de l’émetteur ou de l’expression et la façon de contrer ces messages.

    Pouvez-vous revenir davantage sur votre travail pour l’adoption de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, qui lie en quelque sorte les attaques anti-Israël à l’antisémitisme ?

    La France a voté pour cette définition en 2016. Il était donc important que l’État assume cette position et la décline. C’est pour cette raison que le président de la République a indiqué qu’il endossait cette définition en février 2019.

    Nous avons mené à partir de là un certain nombre de formations – pour les policiers, les magistrats –, pour expliquer ce dont il s’agissait. On a aussi réalisé des documents pédagogiques, notamment à destination des enseignants, pour expliquer que l’anti-sionisme était aussi une forme d’antisémitisme.

    Cette question-là n’est pas forcément simple : il y a des questions de définition, de compréhension… Mais je pense que l’État français a adopté une grande clarté sur ce sujet.

    Le préfet Frédéric Potier de la DILCRAH en octobre 2017. (Crédit : DILCRAH)

    Quel est l’impact de la pandémie sur la montée des haines ?

    Il est direct. Cette période de crispation, de tensions, d’inquiétudes, génère évidemment des logiques de bouc-émissaires. On voit bien que, sur Internet et les réseaux sociaux, certains entrepreneurs de haine n’hésitent pas à désigner certains groupes religieux, ethniques ou sociaux comme la source de cette pandémie.

    On a vu ressurgir – même si elles n’avaient pas disparu – des idées racistes, notamment contre les personnes d’origine asiatique au début de la pandémie ; et complotistes, avec des théories sur l’idée d’un grand complot mondial, le complot juif et franc-maçon…

    Je n’ai pas été particulièrement surpris. On a fait des signalements judiciaires quand il s’agissait de propos haineux. Évidemment, ce contexte sanitaire compliqué à gérer suscite des phénomènes de rejet et de refus de l’altérité et il faut en être conscient.

    Dans certains quartiers, le départ des Juifs semble être depuis ces dernières années une nécessité et la seule solution contre l’antisémitisme. Certains parlent de zones « de non-droit », de zones de « non-France », des zones « perdues de la République ». Quelle est votre analyse ? Et de façon plus générale, quelle place ont encore les Juifs aujourd’hui en France ?

    Je n’aime pas le terme de « territoire perdu » car on a l’impression qu’il y a des no man’s land et que les règles de droit ne s’y appliquent absolument pas. Je pense plutôt qu’il y a des territoires où il y a des angles morts. Des zones où le service public ne joue plus trop son rôle et où il y a un désinvestissement. Je pense qu’il est important qu’on réinvestisse ces territoires et que l’État y soit présent, qu’il joue son rôle.

    Pour ce qui est des recompositions géographiques, c’est une question compliquée. Oui il y a de l’antisémitisme, et oui l’antisémitisme peut expliquer ces recompositions géographiques, mais il y a aussi des questions de paupérisation.

    Le fait que des classes sociales dites moyennes quittent certaines zones de banlieue n’est pas uniquement lié à l’antisémitisme. C’est un phénomène qui concerne aussi des Français d’autres religions. Les choses sont plus mêlées qu’on ne le croit. D’autres questions sont aussi à prendre en compte, notamment celle de l’éducation : le secteur privé juif est de très bonne qualité [d’où une possible volonté de déménager pour l’intégrer]. Il y a aussi le choix de l’alyah, qui peut être religieux. Tous ces phénomènes se mélangent et sont compliqués à démêler, mais à l’évidence il y a des zones où il y a un antisémitisme très enraciné.

    La pensée dite « islamo-gauchiste », « anti-impérialiste » ou « décoloniale » et son émergence au sein de l’université ont beaucoup fait parler ces dernières semaines. Quel danger représente cette mouvance ?

    C’est là aussi un phénomène qui recoupe plusieurs réalités. Je dirais tout d’abord que les chercheurs et les universitaires sont libres – et c’est très important. Libres de mener leurs recherches, de penser… Mais de la même façon, le public est libre de s’inspirer de leurs théories, de leurs travaux, ou de les faire travailler.

    Le Conseil scientifique de la DILCRAH, présidé par le sociologue Smaïn Laacher, réunit des historiens comme Iannis Roder ou Emmanuel Debono et des gens qui vont plutôt travailler sur des questions de migration ou de mémoire de l’esclavage. Je pense qu’on peut d’évidence considérer que la colonisation a une influence sur notre société actuelle. J’ai beaucoup travaillé sur les territoires d’outre-mer – et notamment la Martinique et la Guadeloupe –, et si on ne comprend pas la mémoire de l’esclavage ou son histoire, on ne comprend rien à ces territoires. La colonisation a eu un effet dans nos mentalités et dans nos représentations, et c’est ce que dit Benjamin Stora dans son dernier rapport. Pour autant je pense que cela n’explique pas tout. Il n’y a pas, à partir de ces théories, à avoir une vision du monde dans laquelle il y aurait d’un côté les dominants et de l’autre les dominés, d’un côté les racisés et ceux qui ne le seraient pas.

    Ce que je trouve extrêmement dangereux dans certaines théories, c’est cette idée qu’il y aurait une essentialisation, qu’on mette une étiquette : « Vous êtes de telle religion, vous êtes Blanc, non Blanc. » Je pense que les identités sont complexes, multiples, et je pense qu’un des grands apports de la Révolution française, des Lumières et de l’universalisme, c’est qu’au fond les identités se mélangent et les individus sont libres.

    Je pense que, sur certaines pseudo-théories sociologiques, il y a une forme d’enfermement identitaire et victimaire qui est extrêmement dangereuse. Je ne veux pas généraliser, mais s’il y a un combat intellectuel à mener, il faut y aller de front, que les chercheurs, les historiens et les citoyens s’engagent. Et beaucoup le font : il y a notamment le réseau ALARMER qui a été créé.

    Mais c’est la vie intellectuelle du pays : il y a 40 ou 60 ans, il y avait de grands débats sur le maoïsme ou le marxisme. Aujourd’hui, il y a d’autres effets de mode.

    Vous avez cité sur Twitter le proverbe africain « Seul, on va plus vite mais ensemble on va plus loin ». Quels ont été vos rapports avec les représentants et responsables communautaires et associatifs juifs ces dernières années ? Noémie Madar de l’UEJF, Ariel Goldmann du FSJU et Philippe Meyer du B’nai B’rith ont salué votre action.

    Nous avons eu des rapports de grande franchise et de grande confiance. Ils n’ont pas hésité à me dire quand ils s’estimaient insatisfaits de l’action publique. Et j’ai essayé de créer avec eux des collaborations efficaces quand j’estimais qu’il fallait qu’on puisse travailler ensemble sur certains sujets. On a réfléchi ensemble : personne ne prétend avoir de solution toute prête pour lutter contre l’antisémitisme. Outre l’UEJF et le B’nai B’rith, nous avons travaillé avec le CRIF, le Consistoire, le grand rabbin de France, avec les mouvements libéraux… J’ai toujours essayé de ne pas être uniquement dans le discours et l’incantation morale, mais plutôt dans l’action très concrète. Donc ma porte a toujours été ouverte aux propositions et aux initiatives pour essayer de faire changer les choses. Et cela va continuer, je n’en doute pas.

    Vous vous êtes rendu en Israël en 2018. Quelles images et quels souvenirs gardez-vous de ce voyage et de ce pays ?

    Je ne connaissais pas Israël avant de prendre mes fonctions à la DILCRAH. J’ai d’abord été conquis par les Israéliens avec lesquels j’ai eu des échanges de très grande qualité. J’ai eu la chance d’être reçu par le président Reuven Rivlin et d’accompagner le président Emmanuel Macron lors de sa visite officielle en début 2020.

    Je pense que Français et Israéliens ont beaucoup de choses et de valeurs en commun. Trouver la façon d’exprimer cela est importante. Comme il est important également de ne pas cacher des inquiétudes qui peuvent être réciproques, et d’être dans l’action. C’est ainsi qu’on travaille le mieux.

    Un dernier mot ?

    Shalom !