Catégorie : Tribune Juive

Pug. Vous pouvez me sortir tous les rapports d’ONG sur l’apartheid israélien, ça ne correspond pas à ce que j’ai vu et vécu

Je ne suis pas Juif, ni de confession israélite, ni citoyen israélien. Je suis béarnais, de confession chrétienne protestante et citoyen français.

J’ai effectué 4 voyages en Israël entre 2015 et 2019. J’ai visité des villes juives, des villages Druzes, des villages Arabes musulmans, araméens chrétiens et circassiens musulmans. Je n’ai constaté aucun affichage public qui séparent les communautés. Tous les panneaux publics sont en hébreu, en arabe et en lettres latines.

J’ai été invité à la Grande Synagogue de Jérusalem et ai assisté à une célébration de Shabbat avec des Orthodoxes. Aucune hostilité ni regard de travers. J’ai aussi été invité à prier au Mur des Lamentations par des Orthodoxes. Quand j’ai signifié que je n’étais pas juif, il m’a été tendu une proposition de prière pour les non-Juifs et j’ai quand même été encouragé à aller prier au Mur. Aucune séparation ni discrimination entre Juifs et non-Juifs.

Quand j’ai voulu aller sur le Mont de Temple, on m’a explique que l’accès libre est réservé aux musulmans et qu’en tant que non-musulman mon accès est restreint à des jours et heure spécifiques qui peuvent changer ses préavis. Quand j’ai demandé comment ils pouvaient savoir si je n’étais pas musulman, on m’a dit que je « n’en avais pas l’air » et que je serais lourdement interrogé sur les préceptes islamiques par les autorités musulmanes si je prétendais l’être.

En 2015, on m’a aussi conseillé de « ne pas ressembler à un Juif Orthodoxe », si je voulais me promener de nuit dans la Vieille Ville de Jérusalem. Cette nuit là, j’ai rencontré des policiers juifs et Druzes travaillant ensemble. Aucun ne m’a jamais demandé ma religion.

Conclusion issue de mon vécu: J’ai été accueilli par des Juifs, des Druzes, des Chrétiens, des Circassiens musulmans sans animosité ni discrimination. Juifs et Chrétiens m’ont invité à prier et à me recueillir dans leurs lieux de culte.

La seule discrimination que j’ai vécu en Israël a été le fait d’Arabes musulmans qui restreignent l’accès au Mont du Temple et peuvent user de violence contre ceux qui ressemblent à des Juifs.

En fait, en Israël, il faut garder à l’esprit que si vous ne ressemblez pas à un arabe musulman, vous êtes assimilé à un Juif et vous risquez une agression. Ça a été le cas pour deux touristes américains poignardés une semaine avant mon premier séjour, en 2015.

Vous pouvez me sortir tous les rapports d’ONG sur l’apartheid israélien, ça ne correspond pas à ce que j’ai vu et vécu en Israël ou juifs, catholiques romains, catholiques orthodoxes, catholiques et orthodoxes des églises d’Orient, protestants, musulmans, Baha’i, athées, etc, vivent ensemble.

Ceux qui posent problème sont ceux qui pensent que le nationalisme arabe, appuyé sur la suprématie islamique, doit absolument dominer tous les autres. Une vision qui n’est d’ailleurs pas partagée par les Circassiens, musulmans, mais d’origine européenne.

Pug

Dominique Reynié. Libertés : le retour de l’inquiétude – lemonde.co.il

En ce premier quart du XXIe siècle, les mouvements de l’histoire ramènent notre vie politique à l’authentique. Il est possible que nous ne parvenions pas à prendre la mesure du tournant qui s’opère, trop absorbés que nous sommes par le désir de ne pas rompre le cours tranquille de nos existences, cette existence que l’on mène dans des nations libres, pacifiées et prospères depuis si longtemps que l’on finit par confondre ce « depuis si longtemps », qui n’aura duré qu’une vie humaine, avec un « pour toujours ». L’idée que la liberté nous est donnée pour toujours résulte de l’habitude que nous avons prise d’en jouir. Cette idée est une illusion propre aux sociétés jouissant de la liberté. On ne s’habitue pas à la tyrannie, mais on s’habitue à la liberté, et c’est d’abord pour cela que celle-ci est précaire.

Nous avons d’ores et déjà quitté ce monde engendré par le dénouement de la Seconde Guerre mondiale, quand s’ouvrait alors un cycle de transition démocratique qui aura duré jusqu’aux premières années du XXIe siècle. Or, nous entrons dans une nouvelle grande séquence de l’histoire. Depuis une vingtaine d’années, on observe un processus inverse, semblable à un nouveau cycle, mais, cette fois, un cycle de transition autoritaire. Et la régression n’épargne pas les ensembles démocratiques qui paraissaient pourtant plus solides. En témoignent des gouvernements et des partis politiques, au sein de l’Union européenne, qui remettent en cause l’État de droit, assumant vouloir détacher l’idée démocratique de l’idée de liberté, en se revendiquant de la « démocratie illibérale » souvent présentée sous les traits d’un « souverainisme ».

De nouveau, les États totalitaires s’engagent contre nos libertés

Notre fragilisation ne passe pas inaperçue. Des tensions nouvelles apparaissent avec les régimes autoritaires. Elles ne sont pas sans rappeler la guerre froide, puisque ces puissances récusent un modèle politique fondé sur l’entrelacement des libertés individuelles et des libertés collectives. Peut-être la guerre entre les États totalitaires et les États démocratiques n’aura-t-elle pas lieu, ou pas maintenant. Peut-être a-t-elle déjà commencé. Mais, en politique, les recours à la guerre, à la violence, sont des formes de l’authentique, l’ultima ratio. L’épreuve de vérité. Or la tyrannie ne manque jamais de détermination pour combattre la liberté, tandis que la liberté se montre souvent hésitante lorsqu’il s’agit de combattre la tyrannie.

La crise qui s’ouvre est nouvelle, et il existe au moins une grande différence avec la guerre froide. La plupart des régimes autoritaires ne rejettent pas l’économie capitaliste, surtout pas la globalisation. La nouvelle économie et ses innovations non seulement ne déstabilisent plus les régimes hostiles aux libertés mais elles les enrichissent et les renforcent. Le meilleur exemple nous est fourni par la Chine, dont la montée en puissance a été accélérée par son entrée dans l’Organisation mondiale du commerce en 2001.

N’en doutons pas, ces États autoritaires sont convaincus qu’une page se tourne, que le temps est venu désormais pour eux de mettre la main sur le monde, que le cycle historique de la liberté approche de son terme. Les tyrans sont pressés d’en finir avec le monde libre dont la présence est un défi à la pérennité de leur modèle. En témoigne la nécessité qu’ils éprouvent d’emprunter le qualificatif « démocratique » pour qualifier leur système. C’est ainsi que la Chine de Xi Jin Ping prétend accomplir la démocratie dans la construction d’une « démocratie socialiste aux caractéristiques chinoises » que Pékin oppose à la « démocratie à l’américaine ». De plus, en qualifiant son modèle de « démocratie globale », la Chine n’en vante pas seulement l’efficacité pour les Chinois, elle ambitionne explicitement d’en faire un modèle pour le monde. Les tyrans sont pressés d’en finir avec la liberté car elle menace de se propager chez eux, comme l’une des conséquences de leur enrichissement par la globalisation, et dans l’avènement de classes moyennes éduquées, bientôt en quête d’émancipation.

« L’islamisme est un fascisme »

« L’islamisme est un fascisme. Il faut le combattre pied à pied », affirmait avec force le candidat du Parti communiste à l’élection présidentielle Fabien Roussel, le 26 janvier 2022. En effet, voilà deux décennies, depuis le 11 septembre 2001, que l’islamisme est en guerre ouverte contre nos libertés, contre la liberté d’opinion et la liberté de la presse, contre l’égalité entre les hommes et les femmes, contre la liberté de choisir qui l’on est ou qui l’on veut aimer. Au pays de la liberté, Mila est toujours privée de libertés. Au pays de l’égalité, Mila est toujours recluse. Au pays de la fraternité, Mila est toujours menacée de décapitation. Un nombre, en constante augmentation, de nos compatriotes sont placés sous protection policière, parce qu’écrivains, parce que journalistes, parce qu’avocats, élus, universitaires, parce que Juifs, parce que musulmans en lutte contre l’islamisme, tous pour avoir exprimé leurs opinions, pour avoir fait leur travail, leur devoir, pour avoir exercé leurs libertés. Et les Juifs parce que Juifs. Mesure-t-on vraiment que, depuis février 2006, onze Français ont été assassinés parce que juifs, et tous victimes de meurtriers de confession musulmane ? Ilan Halimi, le 13 février 2006, Gabriel Sandler, 3 ans, Arié Sandler, 6 ans, leur père Jonathan Sandler et Myriam Monsénégo, 8 ans, le 19 mars 2012, Philippe Braham, Yohan Cohen, Yoav Hattab, François-Michel Saada, le 9 janvier 2015, Sarah Halimi, le 4 avril 2017, Mireille Knoll, le 23 mars 2018. En mars 2022, la France commémorera les dix ans des massacres perpétrés par Mohammed Merah. Sommes-nous disposés à prendre la mesure de cette décennie qui aura vu, en France, 55 attentats islamistes coûter la vie à 298 personnes ?

En une dialectique redoutable, les ennemis de la liberté, violemment opposés les uns aux autres, se confortent mutuellement. Dix ans qui auront vu la suspicion et les amalgames peser lourdement sur l’ensemble des musulmans. Une décennie au profit de la surveillance, des règles d’exception adoptées dans l’urgence, mais dont l’inscription dans le droit commun demeure une tentation qui saisit tout pouvoir, même démocratique, autant qu’un désir qui s’empare de tout peuple, même épris de liberté. Oui, le conflit des identités et des religions, le populisme, l’autoritarisme, le racisme et l’antisémitisme n’ont jamais autant parcouru nos sociétés démocratiques que depuis les années 1930.

La numérisation, une nouvelle menace pour nos libertés

Mais nos libertés sont encore mises au défi par le surgissement d’un espace public numérique et transnational. Cette fois, la cause du bouleversement ne vient pas d’un pays extérieur au monde démocratique, elle ne vient pas d’une puissance étrangère, ni même d’un pays hostile aux valeurs libérales. Au contraire, il s’agit d’innovations technologiques remarquables développées par des entreprises dont les performances résultent précisément de l’usage des libertés : ce sont les Big Tech companies. Pourtant, si elles font progresser extraordinairement l’intégration du plus grand nombre dans l’espace médiatique, les plateformes numériques ont acquis un pouvoir éminemment problématique. Que deviennent nos libertés si les législations émanant d’assemblées élues sont impuissantes à les réguler et incapables de les garantir ? Que deviennent les démocraties si la protection institutionnelle des libertés passe silencieusement des parlements, élus et pluralistes, aux mains de ces entreprises non nationales occupant une position monopolistique ? Il devient difficile de ne pas reconnaître en elles une expression contemporaine de ce « despotisme doux » dont Tocqueville redoutait l’avènement.

Le monde n’est pas seulement globalisé. Il est aussi désormais digitalisé. Si le code est le nouveau matériau avec lequel se tracent les frontières, les limites, s’aménagent les espaces et se construisent les institutions et les systèmes, alors comment dire avec certitude quel est notre régime politique ? Où se situent ces pays dans lesquels on vit libres si leurs frontières sont constituées de code et qu’il ne nous est pas permis de le connaître ? Si nous vivons dans le code et si nous ne sommes pas les artisans et les propriétaires du code, où vivons-nous, sous quelle loi ? Depuis quelle souveraineté pouvons-nous encore assurer nos libertés ?

Une partie de l’université désire la censure

Et que dire du risque, dont nous pouvons palper la réalité, que la liberté d’opinion ne soit plus épargnée là où elle doit être sanctuarisée, c’est-à-dire à l’université ? L’université qui a la charge de préparer les générations qui porteront, défendront et déploieront la liberté dans le monde de demain. Qui, sinon l’université ? Inévitablement, le déclin de la liberté académique menacerait tout l’édifice de nos libertés. L’université perdrait sa raison d’être si elle ne réagissait pas contre la spirale mortifère de l’intolérance, de la censure, et bientôt de la violence. Le combat contre les inégalités injustifiées, les luttes contre les discriminations ont toujours été des causes indissociables de l’exigence de liberté. Aujourd’hui, dans un retournement d’un cynisme vertigineux, c’est au nom de ces mêmes causes que des minorités hyperactives prétendent vouloir réduire nos libertés.

L’écologisme doit défendre la démocratie représentative

On ne peut ignorer l’enjeu du réchauffement climatique. On sait que l’efficacité de la mobilisation contre le réchauffement climatique est d’autant plus grande que le régime est plus démocratique, par la pression que les gouvernés exercent sur leurs gouvernants. Le succès de la lutte contre le réchauffement climatique sera donc non seulement fonction de la pérennisation du modèle démocratique mais aussi de sa diffusion planétaire. Défendre la liberté dans le monde, c’est défendre le climat.

Cependant, la lutte contre le réchauffement climatique ne peut devenir impérative au point de risquer nos libertés. On relève déjà, dans certains textes de l’écologisme, l’apparition et le développement d’une idée de gouvernement qui, au nom de l’impératif climatique, n’hésite plus à envisager de limiter le rôle de l’élection dans la décision publique, au motif que les électeurs ne seraient pas suffisamment disposés aux efforts contenus dans des programmes écologistes plus pressants. Le climat ne peut pas être plus important que la liberté. Il est absurde, irresponsable, contradictoire ou inacceptable de prétendre placer le climat au-dessus de la liberté. L’élection et le suffrage universel sont autant des expressions que des réalisations de nos libertés individuelles et collectives.

Il faut à nouveau défendre la liberté

Œuvrons à la croissance économique, à l’innovation scientifique et technique. Garantissons et déployons les ressources et les richesses par lesquelles nous répondrons aux exigences de progrès social et humain. Le monde démocratique doit renouer avec l’ambition de la puissance, y compris de sa puissance militaire, afin de garantir sa sécurité dans un monde peuplé d’États plus dangereux et qui, à l’évidence, nous jugent plus faibles. Menons la lutte contre l’ignorance et la lutte contre la désinformation. Il n’y aura pas de régime démocratique si nous ne sommes plus capables d’assurer au plus grand nombre l’éducation et l’information que requiert l’exercice de la liberté.

Enfin, il faut dire que le goût de la liberté n’est pas européen, qu’il n’est pas occidental. Il est le propre de l’humanité. C’est d’ailleurs pourquoi il faut tant d’artifices, tant de violence, tant de dogmes, politiques et religieux, pour empêcher l’humanité d’accéder à sa condition. Les autocrates savent, et parfois mieux que nous, combien est puissante l’aspiration humaine à la liberté. Eux redoutent la liberté plus que tout. Nous, nous en jouissons, encore et malgré tout. Et s’il faut réapprendre à défendre nos libertés, s’il faut réapprendre à se battre pour la liberté, c’est certainement pour la transmettre aux générations futures, mais c’est aussi pour que puisse y accéder la part immense de l’humanité qui y aspire aujourd’hui, souvent dans la crainte et en secret, et qui a tout autant que nous le droit de vivre libre.

 

© Dominique Reynié

 

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Edith Ochs. Pourquoi Zemmour, demandez-vous ? Après l’affaire Sarah Halimi, l’insulte faite aux enfants morts d’Ozar Hatorah – Tribune Juive

   

Pourquoi Zemmour, demandez-vous ? Après l’affaire Sarah Halimi, l’insulte faite aux enfants morts d’Ozar Hatorah

Est-ce à cause des élections que les choses ont pris une tournure déplaisante lors de la commémoration de la tuerie antisémite à l’Hyper Cacher ? Les crimes antisémites semblent avoir du mal à échapper à l’intrusion du politique.

C’était porte de Vincennes, dimanche dernier. Une cérémonie se tenait à la mémoire des 4 victimes du 9 janvier 2015 : Yohan Cohen, 20 ans, Yoav Hattab, 21 ans, Philippe Braham, 45, et Jean-Michel Saada, 63 ans. Deux jours plus tôt, le carnage à Charlie Hebdo avait donné lieu à une autre cérémonie, avec lecture des noms et dépôt de gerbes, rue Nicolas Appert. Entre des deux dates, la policière Clarisse Jean-Philippe avait été abattue devant une école juive de Montrouge.

Sur une longue table tendue de bleu dressée devant le magasin, on avait déposé les portraits des victimes face à la foule, et devant chaque image, une bougie dans un photophore. La dernière image représentait les bouilles des petites victimes d’Ozar Hatorah : Arie, 6 ans, Gabriel 3 ans, et Myriam Monsonego, 8 ans, et Jonathan Sandler, le jeune père.

Pourtant, aucun membre de la famille Sandler n’était présent, apparemment. Il y a 3 mois, les propos d’Eric Zemmour concernant les victimes de Merah avaient suscité la colère. M. Samuel Sandler, père et grand-père, lui avait répliqué dans Le Monde, avec, comme toujours, une dignité exemplaire.

Les élections approchent, et il semble écrit dans notre époque que les Juifs victimes de crimes antisémites, des « crimes de haine » comme on dit en anglais, doivent en plus apporter aux politiques des gages de leur non-désamour.

L’honneur d’allumer les bougies

La voix du chanteur Renaud annonce le début de la cérémonie : « C’était un petit endroit pépère, Tout près du métro Saint-Mandé… » On aurait pu le prendre un instant pour Francis Lemarque. La cérémonie associait aussi un hommage à « toutes les victimes du terrorisme islamiste dans le monde ». « C’était l’enfer, C’était l’enfer, » poursuit la chanson.

Elle avait lieu en présence de nombreux ministres et d’élus. Elle devait être sobre, pas de discours. Il faisait froid et derrière le masque, difficile parfois de reconnaître les personnalités, mais un des organisateurs tenait le micro pour éclairer la petite foule. Avec les élus de la République drapés de leur écharpe, les membres du gouvernement étaient venus en nombre.

Il y avait 11 bougies, et ces personnalités ont eu l’honneur d’accompagner les proches. Les 4 premières furent allumées au nom des victimes de Coulibaly. A chaque fois, deux membres de la famille étaient accompagnés par un ministre ou un secrétaire d’Etat, et l’allumage était suivi d’une minute de silence respectueuse. Les parents, les sœurs ou les enfants du mort — à quoi bon parler de « victimes » ici ? — ont appris à maîtriser leur émotion.

Puis une bougie fut allumée pour Charlie Hebdo par Marika Bret et Riss assistés par Anne Hidalgo. Manuel Valls alluma celle au nom d’Arnaud Beltrame, et Jean-Michel Blanquer celle de Samuel Paty.

La septième, qui associait Sarah Halimi et Mireille Knoll, les deux femmes juives massacrées dans leur lit à Paris, à un an d’intervalle, fut allumée par les fils de cette dernière. Ils étaient escortés par Meyer Habib qui représentait le combat judiciaire pour la vérité dans l’affaire Sarah Halimi.

Les deux bougies suivantes illustraient les effets du terrorisme dans le monde : d’abord deux jeunes Israéliens, victimes du terrorisme islamiste en Judée Samarie en décembre 2021, puis une autre pour le maréchal des logis de la Force Barkhane tombé en octobre dernier au Mali.

La 11e bougie

La vraie surprise, ce fut quand Me Dupond-Moretti, suivi par Francis Khalifat, président du CRIF, s’avança d’un pas ferme pour allumer la dernière bougie posée devant la photo des enfants Arie, Gabriel et Myriam, et de Jonathan Sandler, « victimes du terrorisme islamiste », comme ce fut annoncé, il y aura 10 ans en mars.

En vieil habitué, le ministre de la Justice a allumé la flamme, s’est penché aussitôt à l’oreille de son voisin qui a opiné du chef, a croisé confortablement les mains sur son ventre, s’est incliné modérément et est reparti sans traîner, Khalifat sur les talons.

Service accompli.

Le culot d’un ministre, l’impudeur d’un homme

Camus disait, dans Le premier homme : « Un homme, ça s’empêche. » On attend d’un homme qu’il sache faire preuve de dignité et de respect sans céder à ses fantaisies. Faudrait-il croire que la formule ne s’applique pas à l’homme politique ? Celui-ci est-il à ce point un animal différent ?

Me Dupond-Moretti fut, on s’en souvient, le défenseur en 2019 d’Abdelkader Merah, le frère de l’assassin des enfants de l’école Ozar Hatorah.

Inutile d’évoquer ici les propos que l’avocat a tenus au cours du procès — Sarah Cattan les rappelait il y a quelques jours — mais comment les Institutions juives de notre pays ont-elles pu les oublier et se prêter à cette nouvelle mascarade ? 

Encore une fois, la proximité des élections brouille tragiquement les cartes, ainsi que la vue des édiles juifs. Au lieu de regarder devant, ou vers le haut, qu’ils regardent un peu à leurs pieds, ce petit peuple dont ils sont les élus… ou devraient l’être. Nul ne peut tolérer longtemps de se sentir dans une situation sans issue.

Après l’affaire Sarah Halimi, où la police et la justice ont pour le moins « dysfonctionné », le ministre de la Justice insulte une nouvelle fois les proches des victimes d’Ozar Hatorah qui ont subi ses affronts pendant le procès.

Alors si quelqu’un vous demande : pourquoi Zemmour ? au lieu de hurler au loup, posez-vous sincèrement la question. Car ça crève les yeux.

© Edith Ochs

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Edith-Image-3-ConvertImage-1564326678-200x200-1-1.jpg.

Edith est journaliste et se consacre plus particulièrement, depuis quelques années, aux questions touchant à l’antisémitisme. Blogueuse au Huffington Post et collaboratrice à Causeur, Edith est également auteur, ayant écrit notamment (avec Bernard Nantet) “Les Falasha, la tribu retrouvée” ( Payot, et en Poche) et “Les Fils de la sagesse – les Ismaéliens et l’Aga Khan” (Lattès, épuisé), traductrice (près de 200 romans traduits de l’anglais) et a contribué, entre autres, au Dictionnaire des Femmes et au Dictionnaire des intellectuels juifs depuis 1945.

www.tribunejuive.info/

 

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“Le meurtre de Sarah Halimi m’a fait comprendre que la justice française est morte” – Tribune juive

Les avocats qui ont témoigné devant une commission d’enquête parlementaire sur d’éventuelles dysfonctionnements judiciaires et policiers lors de l’enquête sur le meurtre de Sarah Halimi partagent la série d’omissions qui ont conduit son auteur, Kobili Traoré, à échapper au procès.

 Par  Eldad Beck  Publié le  23/12/2021 11:55 Dernière modification : 23/12/2021 12:03

(Photo by GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

Shia Majster était le seul parmi un millier de déportés avec qui il avait partagéle transport à avoir survécu à la Shoah. Dès 1941, il fait partie des « juifs étrangers » envoyés par les nazis de Paris occupé dans un camp de concentration aux Pays-Bas puis à Auschwitz. Il est retourné à Paris mais a lutté toute sa vie en raison des atrocités dont il a été témoin pendant la Seconde Guerre mondiale. 

Son petit-fils, l’avocat français Nathanael Majster, 54 ans, a parlé de son grand-père lors de son témoignage devant une commission d’enquête parlementaire mise en place par l’Assemblée nationale française sur les possibles fautes policières et judiciaires lors de l’enquête sur le meurtre de la femme médecin et enseignante juive française Sarah Halimi au coeur de Paris le 4 avril 2017. 

“En tant que petit-fils d’un déporté, je ne peux pas faire la paix avec le fait que dans la France d’aujourd’hui, une juive est jetée mortellement de son balcon et cela est reçu par une totale indifférence et des mensonges organisés“, a déclaré Majster aux membres de la commission, expliquant pourquoi il s’est joint aux efforts pour révéler la vérité sur le meurtre horrible, dont l’auteur musulman ne sera pas poursuivi et sera autorisé à retourner à sa vie quotidienne sans payer pour l’acte terrible qu’il a commis.

“Dans ma vie professionnelle, je n’ai pas défendu les questions relatives à la communauté juive”, a déclaré Majster à  Israel Hayom . “Cependant, dans ce cas, j’ai été l’un des premiers à mettre en garde contre les lacunes du système judiciaire. Personne ne se souciait du sort de cette pauvre femme.

« Un homme musulman l’a torturée pendant environ 15 minutes, l’a frappée comme si elle n’était qu’un morceau de viande, lui a cassé tous les os, et celui qui était le procureur général à l’époque n’a pas voulu penser pas que c’était barbare. Quand la barbarie est dirigée contre les Juifs ce n’est pas considéré comme de la barbarie. Les Juifs sont responsables d’être attaqués. C’est le même comportement que mon grand-père a rencontré.

Majster fait partie d’une dizaine de témoins qui ont témoigné devant l’enquête parlementaire lancée cet été à l’initiative du député Meyer Habib, et qui a commencé ses travaux le 13 septembre. Elle doit rendre ses conclusions mi-janvier.

La commission a été créée après qu’il est devenu évident que la justice française n’avait pas l’intention de poursuivre le meurtrier de Halimi, Kobili Traoré, un fils d’immigrés du Mali, car on a jugé qu’il avait souffert d’un épisode psychotique causé par la consommation de cannabis.

Le cas de Sarah Halimi n’est pas la seule fois qu’un musulman qui a assassiné un juif en France échappe à un procès en raison d’une supposée instabilité mentale. En 2003, Adel Amastaibou, qui a assassiné le DJ juif français Sébastien Selam, a été déclaré inapte à subir son procès pour cette raison précise. Et tandis que les autorités ont au moins reconnu le meurtre de Halimi comme un crime antisémite, dans le cas de Selam, de telles déclarations n’ont jamais été faites.

Une autre différence est que le tueur de Selam a souffert de maladie mentale, principalement de schizophrénie paranoïaque, pendant des années, alors que Traoré semble avoir commencé à présenter de tels “symptômes” de manière suspecte, lors d’instants proches de sa perpétration de son attaque. Pour autant que l’on sache, Traoré n’a jamais reçu ni demandé d’aide psychiatrique. Il est actuellement dans un hôpital psychiatrique, mentalement stable, et continue de consommer du cannabis sans restriction.

Malgré des preuves sans équivoque, il a fallu des mois pour que le système judiciaire français reconnaisse que la nature du meurtre de Halimi était antisémite. Et malgré la reconnaissance attendue depuis longtemps, le juge a statué que Taoré n’était pas apte à subir son procès car il était en proie à une « bouffée délirante » induite par la drogue et n’avait pas le contrôle de ses actions.

Meyer Habib (Lior Mizrahi)

S’adressant aux membres de la commission d’enquête, Majster a énuméré la série d’omissions qu’il a constatées de la part des autorités lors de l’enquête sur le meurtre de Halimi.

Le fait que Traoré ait torturé Halimi avant de la jeter de son balcon a été complètement omis de l’enquête ; savoir si l’homicide était délibéré ou non n’a pas été examiné du tout, même si les preuves ont montré que Traoré s’était préparé à l’attaque à l’avance ; bien que Traoré ait crié « Allahu Akbar » et récité des versets coraniques pendant le meurtre, cela n’a pas été considéré comme une attaque terroriste ; et bien qu’un psychiatre qui a initialement examiné Traoré ait estimé qu’il était apte à subir son procès, la juge Anne Ihuellou en charge de l’affaire a nommé des experts supplémentaires qui ont décidé le contraire.

« Pourquoi se fait-il que lorsqu’une victime est juive, la question n’est pas importante ? Mais lorsque la victime est un policier, un enseignant ou un prêtre [non juif], la question devient une urgence nationale ? » a dit Majster aux membres du comité. « Le système judiciaire français se transforme-t-il en défenseur de la communauté musulmane contre les exigences excessives’ de la communauté juive ? C’est donc crucial. Cette atmosphère gagnera-t-elle ou y aura-t-il une révolte contre cette atmosphère dont les Juifs sont les premiers à payer le prix ? “

Les membres de la commission d’enquête – qui comprend des législateurs de tous les partis de l’Assemblée nationale, y compris le parti du président Emmanuel Macron ainsi que des gauchistes, qui, contrairement aux partis de droite, se sont opposés au lancement de l’enquête – ont découvert de plus en plus de détails horribles sur l’affaire du meurtre.

Sarah Halimi, 65 ans au moment de son décès, était médecin et enseignante à la retraite. Elle vivait dans un modeste appartement du centre de Paris, dans un quartier délaissé qui est devenu ces dernières années le centre de l’activité islamiste. La mosquée Omar Ibn Al Khattab – où se rassemblent régulièrement des djihadistes religieux extrémistes – n’est qu’à quelques minutes de son lieu de résidence.

Traoré, 27 ans au moment où il a commis le meurtre, vivait avec sa famille – sa mère, son beau-père, sa sœur et ses enfants – dans le même immeuble que Sarah Halimi.

Il a un lourd casier judiciaire : il a été poursuivi 24 fois, y compris pour agressions violentes, et a été emprisonné cinq fois.

Quelques semaines avant le meurtre, Traoré a commencé à fréquenter régulièrement la mosquée Omar Ibn Al Khattab. Il a changé son comportement et a commencé à arrêter de parler aux femmes, mais n’a pas arrêté de fumer du cannabis. La veille du meurtre, il s’est rendu trois fois à la mosquée pour ce qu’il a dit être des tentatives pour se libérer d’un sort jeté sur lui par son beau-père.

Le même jour, Traoré a rendu visite à d’autres voisins de l’immeuble, dont la famille Diarra qui habitait au troisième étage, où vivait également Sarah Halimi. Le père de famille qu’il a visité est connu comme le « médiateur » dans les conflits entre les membres de la communauté malienne. Traoré a demandé aux Diarra de s’occuper des enfants de sa sœur et leur a laissé des vêtements de rechange et une serviette, sans explication.

Dans la nuit du 3 au 4 avril, Traoré a demandé à dormir chez un ami, qui vivait au quatrième étage de l’immeuble. Les deux hommes ont fumé de l’herbe et ont regardé  le  film The Punisher. Peu après 4 heures du matin, Traoré a quitté l’appartement de son ami en sweat-shirt et sans chaussures

Il est desdendu d’un étage jusqu’à l’appartement des Diarra. Le père de famille l’a laissé entrer et, pour des raisons inconnues, s’est enfermé avec sa famille dans l’une des pièces et a appelé la police à l’aide

Pendant ce temps, Traoré accomplit une cérémonie de purification, se change et prie. Trois policiers sont arrivés sur les lieux en quelques minutes. La famille Diarra a jeté les clés par la fenêtre. 

Lorsque les agents sont arrivés à la porte, ils ont entendu Traoré prier en arabe à travers la porte fermée. Ils n’ont pas utilisé les clés pour entrer dans l’appartement et ont évité d’affronter Traoré, bien que les Diarra aient clairement indiqué lors de l’appel téléphonique qu’il n’était pas armé. Au lieu de cela, les officiers de policiers ont demandé des renforts. 

A cette époque, Sarah Halimi dormait encore dans son appartement, qui était à côté de celui des Diarra. Avec le recul, une intervention tactique de la police aurait pu lui sauver la vie.

Après avoir terminé ses prières, Traoré est sorti sur le balcon de la famille Diarra d’où il est passé à celui de Halimi. Il a fait irruption dans son appartement et a commencé à la frapper violemment. Sarah Halimi hurla de douleur.

Les voisins se sont réveillés à cause de ses cris et ont appelé la police. Les trois policiers qui se trouvaient déjà sur les lieux ont affirmé devant la commission d’enquête n’avoir entendu aucun cri.

Après un passage à tabac qui a duré environ 12 minutes, Traoré a crié : « Il y a une femme ici qui est sur le point de se suicider », et a jeté Halimi du balcon de son appartement du troisième étage.

À ce moment-là, d’autres policiers et une ambulance sont arrivés. Halimi a été déclaré mort sur les lieux. Pendant ce temps, Traoré est retourné à l’appartement des Diarra.

Seulement une demi-heure plus tard, la police a bravé le meurtrier et a fait irruption dans l’appartement. Traoré n’a pas résisté à son arrestation.

L’incompétence scandaleuse des agents de police aurait pu être le motif de sa propre enquête, mais avec l’arrestation de Treore a commencé une série d’omissions administratives et juridiques qui l’ont conduit à éviter les poursuites.

Un examen médical de Traoré quelques heures après l’arrestation a déterminé qu’il devait être hospitalisé. En tant que tel, il n’a pas pu rester en garde à vue et n’a pas été immédiatement interrogé par la police.

Sarah Halimi, à gauche, est photographiée aux côtés de son présumé assassiné Kobili Traoré (Autorisation)

Le procureur François Molins a invité les chefs de la communauté juive et leur a dit qu’il n’y avait aucune preuve que le meurtre était antisémite. Cela s’est passé à la veille des élections présidentielles françaises. Des rumeurs ont commencé à circuler parmi les Juifs français selon lesquelles des politiciens tentaient de balayer le meurtre sous le tapis pour limiter les chances de victoire de la candidate nationaliste de droite Marine Le Pen.

La juge d’instruction, Anne Ihuellou, figure problématique, a demandé l’avis psychiatrique initial de Traoré à l’expert juif Daniel Zaguri.

Environ deux semaines après la victoire d’Emmanuel Macron, les avocats de la famille Halimi ont exigé pour la première fois lors d’une conférence de presse que le meurtre soit traité comme une attaque antisémite, considérée en France comme une circonstance aggravante qui à ce titre, augmente la gravité ou la culpabilité d’un acte criminel.

L’opinion professionnelle comprenait un témoignage de Traoré dans lequel il a déclaré qu’il était entré dans l’appartement de Halimi sans savoir qui y habitait, qu’il avait vu le « rouleau de la Torah et la menorah » et qu’une attaque psychotique dont il « a souffert » s’était brusquement déclenchée.

Cependant, il n’y avait pas de menorah dans la maison Halimi, seulement des chandeliers réguliers de Shabbat. Il n’y avait pas non plus de rouleau de la Torah, mais des livres juifs que Traoré aurait surtout eu du mal à identifier dans l’obscurité. Autrement dit, Traoré a menti. Il savait à l’avance qu’une personne juive vivait dans l’appartement et y était entrée par effraction pour commettre un homicide volontaire.

Une simple visite à l’appartement d’Halimi aurait démenti le témoignage de Traoré, mais Ihuellou n’a même pas pris la peine de visiter les lieux et a même refusé de reconstituer le meurtre.

Au-delà de cela, elle a demandé à deux autres équipes de psychiatres d’examiner Traoré et de déterminer s’il était apte à subir son procès. Les deux équipes ont conclu qu’en raison de la consommation de drogue avant l’attaque, Traoré ne contrôlait pas ses actions.

Ihuellou a choisi d’accepter leurs conclusions. Les appels interjetés par le parquet et la famille Halimi ont été rejetés. Les avocats de la famille, qui vivent en Israël, ont récemment annoncé qu’ils faisaient appel de l’affaire en Israël.

“Le but de la commission d’enquête parlementaire n’est pas de procéder à un nouveau procès, mais d’examiner s’il y a eu des déficiences dans le fonctionnement de la justice et de la police concernant cette affaire et de formuler des recommandations”, a déclaré à Israel Hayom Meyer Habib, qui, comme évoqué plus haut , dirige la commission. 

« Nous ne pouvons pas ordonner qu’un autre procès ait lieu. D’après ce que nous avons entendu jusqu’à présent, de nombreux défauts ont été signalés : ils n’ont pas vérifié les téléphones portables de Traoré et de ses amis. Les personnes de la mosquée d’Omar n’ont pas interrogé. L’en*droit était mal préparé pour faire face à la situation. Et surtout, toutes les preuves qui indiquaient qu’il s’agissait d’un meurtre délibéré ont été intentionnellement ignorées », a-t-il déclaré.

“Ils l’ont transformé en fou parce qu’il fumait de l’herbe. Juché sur le balcon d’Halimi, Traoré a choisi de la jeter d’un point où la chute serait plus profonde. Ce n’est pas l’action d’une personne qui ne contrôle pas ses actions. “

Le comité a également entendu des témoignages sur l’hospitalisation actuelle de Traoré, selon laquelle il ne reçoit aucun traitement médical pour aucune maladie mentale qui l’empêcherait d’être poursuivi, et qu’il est, en fait, dans un état mentalement stable

Jean-Alexandre Buchinger, l’avocat de la famille Halimi, a déclaré à la commission d’enquête : “Tout est fait pour masquer l’intention initiale“.

David-Olivier Kaminski (ci-dessus), qui représentait le fils de Sarah Halimi, Yonathan, a déclaré : « Ce sont les experts qui ont déterminé la décision, pas les jugés. Tout au long de l’affaire, on a eu le sentiment que le système judiciaire ne cherchait pas justice.

L’avocat Gilles-William Goldnadel, qui représentait également la famille, a déclaré à la commission : « J’ai vu de mes propres yeux la mort de la justice française. En ce qui concerne l’antisémitisme anti-israélien, il y a un très fort déni de réalité de la part de la justice. . 

“En 2015, Traoré a été arrêté pour conduite sans permis et sous l’influence de drogues. Même à l’époque, il avait un casier judiciaire étendu. S’il avait été puni conformément à la lettre de la loi, peut-être que Sarah Halimi serait en vie aujourd’hui”, il a dit. 

https://www.tribunejuive.info/2021/12/23/le-meurtre-de-sarah-halimi-ma-fait-comprendre-que-la-justice-francaise-est-morte/

 

 

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Jean-Luc Mélenchon, “butin de guerre” des Décoloniaux |Tribune juive

Quand les militants décoloniaux parlent de Jean-Luc Mélenchon, leur "butin de guerre"
Houria Bouteldja, fondatrice des Indigènes de la République.
CAPMAN / SIPA

“Laïcard de dingue”

Par Jean-Loup Adenor

Publié le 30/11/2021 à 14:47

Dans un live Twitch relativement confidentiel, Houria Bouteldja et de jeunes militants décoloniaux ont exposé leur stratégie gagnante de ralliement de Jean-Luc Mélenchon à leur cause. Tout en affichant une défiance profonde à l’égard du leader de la France insoumise.

Avec des alliés pareils, Jean-Luc Mélenchon n’a pas besoin d’ennemis. Dans une vidéo diffusée en direct sur la plateforme Twitch par le militant d’extrême gauche Wissam Xelka, des militants décoloniaux ont discuté du meilleur candidat pour porter leurs idées à la présidentielle. Invitée, Houria Bouteldja, fondatrice et ex-porte-parole des Indigènes de la République, a donné une véritable leçon de stratégie militante et politique. À la faveur de l’intimité trompeuse de ces chaînes confidentielles, la militante se laisse aller à se féliciter du travail de « massification » des idées décoloniales. Selon elle, le candidat Jean-Luc Mélenchon a été conquis, de haute lutte, par son mouvement. « Dans ce magma, il y a un butin de guerre qui s’appelle Mélenchon, fanfaronne Houria Bouteldja. Il a fait un choix, on revient de loin » Quel choix ? Houria Bouteldja rappelle que Jean-Luc Mélenchon « était une espèce de laïcard de dingue ». Aujourd’hui, « il dit des choses qu’il n’aurait jamais dites, il y a quinze ans. »

À LIRE AUSSI : Indigénisme, décolonialisme : une “subversion”, soluble dans le néolibéralisme

Houria Bouteldja ne fait que décrypter sans filtre la stratégie politique choisie par La France Insoumise ces dernières années. Dans le parti, la frange décoloniale a renversé le rapport de force en sa faveur, provoquant une mue importante de son positionnement sur les questions religieuses. Ce courant décolonial, importé des États-Unis au début des années 2000, notamment par l’intermédiaire du Parti des indigènes de la République fondé par la même Houria Bouteldja, interprète les rapports de sociaux de domination comme des conséquences de la colonisation menée dans la deuxième moitié du XXe siècle par les pays occidentaux. Et si la militante se réjouit, c’est qu’elle récolte le fruit de « tout le travail que tu mets en place pendant 15 ans en te faisant insulter de raciste anti-blanc ». « C’est une espèce de massification qu’il fallait atteindre, que ce soient les mobilisations du comité Adama, les mobilisations contre l’islamophobie… » En clair : exit la ligne Henri Pena-Ruiz, penseur de la laïcité à la française et longtemps garant de la ligne de la France insoumise sur ce sujet.

MÉLENCHON, « ISLAMOPHOBE » UTILE

Pourtant, malgré cette victoire, Houria Bouteldja et ses camarades ne sont pas vraiment convaincus par la personnalité de Jean-Luc Mélenchon. Non seulement parce que La France insoumise ne remet pas en cause la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux à l’école – « mère des lois islamophobes », selon Houria Bouteldja. Mais aussi parce que le candidat de LFI ne serait pas tout à fait sincère. Un peu plus tôt dans l’émission, Jean-Marc Rouillan, ancien terroriste d’Action directe condamné à la prison à perpétuité pour complicité d’assassinat (en semi-liberté depuis 2011), s’est notamment indigné : « Comment tu peux défendre Mélenchon quoi ? C’est la SFIO ! Ce mec ose parler de “créolisation”, c’est un truc scandaleux ! On aurait dû entendre tous les décoloniaux lui hurler à la gueule. » Celui qui soutient aujourd’hui Anasse Kazib, le candidat dissident du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), estime que Jean-Luc Mélenchon a utilisé, « sur plusieurs questions, […] le langage du colonialisme ».

Pour Wissam Xelka, hôte de l’émission, il faudra pourtant bien voter pour lui, en se pinçant le nez. « Jean-Luc Mélenchon, c’est pas mon camarade. Pour moi, c’est un impérialiste, pour moi, c’est un colon, pour moi, c’est un social-démocrate. [..] Mais en tant qu’antiraciste, c’est celui qui peut arrêter cette dynamique islamophobe. » Une analyse tout en nuance, qui fait de Jean-Luc Mélenchon le anti-héros des décoloniaux. « Je pense qu’intérieurement, Mélenchon est islamophobe, a poursuivi Wissam Xelka. Je m’intéresse aux actes : il agit contre l’islamophobie. Sur le temps long, on va le bastonner Mélenchon, il va faire le moindre faux pas, on va être là pour l’attaquer. » Et d’assumer qu’il y ait « une stratégie sur le temps court et une stratégie sur le temps long ». Le mérite de la clarté.

Par Jean-Loup Adenor

Source : https://www.tribunejuive.info/2021/11/30/jean-luc-melenchon-butin-de-guerre-des-decoloniaux/

 

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HANOUKA, LA LUMIERE QUI VIENT. Charles Baccouche

Il est admis que la lumière vient du ciel pour éclairer la terre et nous ouvrir les portes du ciel. Pour Hanouka, c’est la lumière vient d’en bas et s’élève vers les nues, c’est exceptionnel mais Hanouka est exceptionnelle (comme toutes les fêtes juives d’ailleurs)

Donc, le 19 et 20décembre 2019, les juifs vont célébrer Hanouka la fête des lumières, on allumera pendant huit jours une bougie, chaque jour une de plus, en plus de la précédente, en partant de la droite vers la gauche, on n’a d’ailleurs pas le choix.

Chez nous c’est toujours de la droite vers la gauche, chez les autres c’est l’inverse, allons savoir pourquoi ils font le contraire, ils écrivent de gauche à droite.

Nous avons surement raison, même si les autres peuples plus nombreux et plus puissants persistent dans cette étrangeté, et que plus étonnant, ils n’ont pas l’air de s’en plaindre.

C’est peut être nous, qui voulons nous distinguer du reste des humains, fâcheuse habitude qui nous a couté quelques déboires et bien des déconvenues.

Ce n’est pas nécessaire que tout soit toujours logique, voyez, la hanoukia comporte huit branches surmontées d’un bougeoir, toutes alignées à la même hauteur, avec un gardien qui les regarde de plus haut : le Shamach, mais elle ressemble à la Menourah qui elle, a six branches plus le Shamash. Elle  trônait devant l’entrée du Temple une fois reconstruit et deux fois détruit.  

Il parait qu’on n’a pas le droit de la reproduire.

Pourtant, elle orne l’entrée de la Knesset, notre Parlement qui ressemble plus souvent à une arène de gladiateurs qu’à une enceinte démocratique, depuis le retour des hébreux sur la terre jurée par l’Omniprésent à son peuple depuis la nuit des temps, depuis notre père Abraham.

Alors on peut ou on ne peut pas la reproduire ? Le débat est sans objet puisque nul ne sait à quoi ressemblait la Ménourah d’Origine qui sanctifiait à la fois, l’unité de l’Humain et l’éternité d’Israël. 

La Hanoukia– Quant à elle, serait un néologisme crée par l’épouse de Eliezer Ben-Yehuda, l’homme qui revivifia l’hébreu qu’il parlait dit-on, avec son chien faute de d’interlocuteurs.

Une fois de plus, nous voilà emportés dans des abimes de supputations. Nous allons distinguer selon nos canons: la Hanoukia est la représentation du miracle de Hanouka,

C’est un miracle auquel l’Homme participe activement, comme l’Histoire nous la conte:

Cette fête des lumières  nous rattache directement aux conquêtes d’Alexandre le Grand, fils de Philippe de Macédoine, qui soumit l’Asie depuis la Grèce jusqu’à l’Indus. A la mort de cet illustre roi-guerrier, son immense conquête fut partagée en plusieurs Royaumes dont l’un, manque de chance, engloba la Terre sainte qui tomba entre les mains de grecs idolâtres installés en Syrie et nommés les Séleucides.

Ils souillèrent tant et tant le Temple de Salomon, le lieu de la Résidence du Tout Puissant sur Terre, que le Saint des Saint se vit affublé d’une statue de Zeus qui bien sur, n’est qu’une idole sans pouvoir et sans vie.

Une offense sans pardon pour les enfants du Dieu vivant. Le sang des Hébreux ne pouvaient supporter ce suprême outrage, Mattathias (Matityahou) de la famille des Maccabim et ses enfants dont Judas, se leva et avec ses frères, combattit ces envahisseurs sans vertu, qui, miracle furent vaincus. Ce ne fut pas une mince affaire, car nos victoires dans l’Histoire sont quasi inexistantes, ni contre Babel, ni contre les Assyriens, ni contre Rome nous ne pûmes résister à la puissance de leurs armes.

En -175 Antiochus IV Epiphane. Le nouveau roi des grecs d’Asie se présenta comme le « défenseur de l’hellénisme » et enflamma les juifs pieux de Jérusalem et alentours d’une sainte colère, qui entamèrent une inévitable guerre en -167, qui conduisit à la défaite des Séleucides en -104 et à la restauration de l’indépendance d’Israël.

Est-ce si net ? Hélas non, car Rome était tapie en embuscade. En -188 le traité d’Apamée affirme la domination romaine sur la Syrie séleucide qui conserve une large autonomie, alors les hébreux qui eux manquent pas de se quereller comme il se doit selon nos mœurs.

Onias III grand prêtre est assassiné à Jérusalem, -172

Les Macchabés vainqueurs voulurent s’accaparer tous les attributs du pouvoir, le sceptre et le sacerdoce, et en désaccord, ils en appelèrent à l’arbitrage de Rome qui d’un seul coup les avala et soumit la Judée.

C’est une autre histoire qui n’a pas sa place ici.

Cette victoire au sein de nos défaites, ne peut qu’être célébrée et fêtée depuis ces temps anciens et encore plus, depuis que les juifs rentrés au pays de leurs pères, non seulement tiennent tête à leur ennemis, mais encore, remportent toutes les batailles.

Après la victoire et le reflux des idolâtres, il fallait nettoyer et purifier le Temple, comment faire, alors qu’il faut de l’huile d’olive pure pour rallumer la Ménourah d’or qui brulait en permanence, dit-on depuis Moïse et d’Aaron. Les vainqueurs découvrent une fiole d’huile d’olive qui a la contenance pour brûler pendant seulement un jour,  ils l’allument malgré tout et le miracle se produit: la Ménourah reste allumée pendant huit jours, juste le temps de préparer des nouvelles fioles d’huile.

Hanouka est donc bien à double titre,  une fête parce que les Hasmonéens ont remporté une victoire improbable et parce qu’une petite fiole d’huile a brulé pendant huit jours, pour leur permettre de restaurer la sainteté du Saint des Saints (kodesh hakodashim)

En souvenir les lumières de Hanouka, sont allumées pendant huit jours à partir du

25 Kislèv.

Hanoucca symbolise la victoire de la lumière contre les ténèbres; chaque flamme de la Hanoukkia est une lumière qui perce la nuit et se voit de loin.

Mais une lumière à quoi sert-elle si ce n’est pour éclairer et quand il s’agit de sainteté !

C’est évidemment pour enseigner; car Hanoucca a aussi pour racine hanokh qui signifie Enseignement et Education et plus précisément pour étudier et transmettre la THORA.

Ce n’est donc pas une petite fête, tant elle porte de significations. 

On rapporte que nous avons adopté l’étrange coutume de faire tourner des toupies sur les cotés desquelles, sont gravées des lettre hébraïques. C’est une bien étrange Cité que la Cité juive.

Quant aux toupies, il apparaît que lorsque les despotes et autres dictateurs nous interdisaient d’enseigner la Thora, les enfants, lors des descentes de police (faire tourner des toupies et une activité fort dangereuse en fait) faisaient tourner leurs toupies et se pénétraient des lettres hébraïques à la barbe des pandores qui eux, n’y voyaient goutte.

L’enseignement est donc une lumière. Oui si on l’entend comme l’apprentissage progressif des mitsvot qui sont l’apprentissage de la vraie vie, tout comme l’allumage des bougies qui illuminent progressivement les branches de la Hanoukia, et nous laisse entrevoir le retour de la grandeur d’Israël et la gloire de son père qui siège dans les hauteurs.

On fait des gâteaux et on s’offre des cadeaux et les enfants sont les rois de la fête, car nous savons que le «  Monde tient grâce au souffle des enfants à l’école »

Alors on chante et on danse à la mémoire des combattants qui chassèrent les idolâtres du Temple et de la Terre sainte et aussi et surtout, pour apprendre à nos enfants et aux enfants de nos enfants, que la barbarie sera toujours vaincue par la connaissance et l’éducation et que la mémoire juive reste la lumière qui inonde le Monde, si le Monde consent à ouvrir les yeux.

Notre pays, celui donné au peuple sans pareil, tient depuis peu de temps, par le courage et la force de nos armées, revenues d’un si long exil pour restaurer la beauté et la grandeur du pays ou coulent le lait et le miel.

Alors, chantons et dansons à Hanouka et tournent et tournent nos toupies, qui tourneront encore dans les siècles à venir, sous le regard tendre de l’Eternel qui ni dort ni ne sommeille à l’aplomb de son peuple.

© Charles Baccouche

HANOUKA, LA LUMIERE QUI VIENT. Charles Baccouche – Tribune Juive

Pierre Lurçat. Sarah, Eric, Alain et les autres… Lettre à trois Juifs inauthentiques, à la veille de Yom Kippour – Tribune Juive

Pierre Lurçat. Sarah, Eric, Alain et les autres… Lettre à trois Juifs inauthentiques, à la veille de Yom Kippour

Dans quelques heures, le soleil descendra à l’horizon et tout notre pays sera plongé dans l’atmosphère incomparable de la Journée la plus sacrée du calendrier juif, Yom Kippour. Chez nous, en Israël, cette journée a – plus encore que les autres fêtes – une saveur bien particulière qu’on ne peut ressentir qu’ici, dans notre pays ancien-nouveau, sur notre grande et petite terre que le monde entier nous dispute et vers laquelle se tournent à chaque instant les yeux de tous…

C’est le moment que je choisis pour m’adresser à vous, trois Juifs de France, trois “coreligionnaires” – comme on disait autrefois – expression désuète et trompeuse, car ce que nous partageons a peu à voir avec la “religion”.

Je commencerai par vous, Sarah. Lorsque j’ai entendu parler de vous dans les médias, et que j’ai lu votre déclaration, “Je suis de confession juive, mais je me sens de culture chrétienne. Chez moi, Charles Péguy est aussi important que la Torah…”, je n’ai pas tant été choqué qu’ému et aussi un peu attristé. Car voyez-vous, j’aurais pu dire la même chose quand j’avais 15 ans. J’ai grandi, comme vous, dans une maison où la culture française était bien plus importante que la culture juive. J’ai vibré en lisant les pages de Gaston Bonheur sur l’histoire de France, et je me suis identifié à ses héros, à Clovis et à Jeanne d’Arc, bien plus qu’à ceux de l’histoire d’Israël dont j’ignorais jusqu’au nom.

C’est pourquoi j’éprouve une certaine sympathie pour votre sincérité et pour votre parcours. Comme vous aussi, j’ai étudié dans les meilleures écoles et lycées parisiens, et j’aurais sans doute pu choisir moi aussi de faire carrière dans la fonction publique. Si j’ai pris une autre voie, c’est uniquement parce que j’avais assez jeune reçu le vaccin sioniste, qui m’a inoculé contre la maladie de l’assimilation et de l’exil. Je me souviens encore de l’émotion ressentie, à vingt ans, en lisant les mots toujours actuels de Theodor Lessing, philosophe juif allemand qui parlait de ces “Jeunes Juifs qui préfèrent embrasser des carrières judiciaires ou littéraires… au lieu de porter des pierres sur la route de Jérusalem” (1). La première fois que j’ai lu son livre-testament, j’ai su immédiatement que telle serait ma vocation, et que j’irais – tout comme mon grand-père, le Haloutz – “porter des pierres” sur la route de Jérusalem, où je vis depuis bientôt trente ans.

Mon grand-père, Joseph Kurtz

Je comprends que vous ayiez fait le choix inverse, et je souhaite que vous réussissiez dans vos entreprises, sans toutefois oublier que vous êtes une “Bat Israël”, une fille de notre peuple. En lisant le nom de Péguy, j’ai évidemment pensé à un autre de nos “coreligionnaires”, Alain Finkielkraut. Modèle de l’assimilation judéo-française, fils d’émigrés venus de Pologne comme mes grands-parents, qui est entré à l’Académie française. Qui n’a pas été ému en écoutant votre discours, Alain, dédié à vos parents et grands-parents, en vous entendant évoquer votre “nom à coucher dehors, (qui) est reçu aujourd’hui sous la coupole de l’institution fondée, il y aura bientôt quatre siècles, par le cardinal de Richelieu”… Moi aussi, cher Alain, j’ai comme vous “appris à honorer ma langue maternelle qui n’était pas la langue de ma mère” et le nom de Richelieu évoquait bien plus de souvenirs à mon oreille (les romans d’Alexandre Dumas qui ont enchanté mon enfance) que ceux du roi David ou du prophète Jérémie…

Mais je suis bien conscient de la tragédie que cela représente, pour moi, et pour notre peuple. Que des enfants juifs de Paris, de New York ou de Moscou grandissent loin de notre tradition, de notre histoire et de notre peuple, voilà la tragédie, qui a pour nom assimilation… Quand je lis sous votre plume, que “J’ai découvert que j’aimais la France le jour où j’ai pris conscience qu’elle aussi était mortelle, et que son « après » n’avait rien d’attrayant”, je ne peux évidemment que souscrire à cette déclaration d’amour. Je ne fais pas partie de ceux qui ont quitté la France comme on quitte un navire en perdition. Non! J’ai suivi avec inquiétude, depuis trois décennies, le long enfoncement de mon pays d’enfance dans le marasme politique et idéologique où elle se trouve aujourd’hui plongée. J’ai même écrit quelques livres pour éclairer mes anciens compatriotes sur les dangers de l’islam politique.

Je partage donc votre inquiétude et votre amour, cher Alain. Mais j’ai depuis lors renoncé à l’illusion de croire que c’était à nous, Juifs, qu’il appartiendrait de sauver la France contre ses démons et d’être en quelque sorte les derniers Français de France… Et cela m’amène à vous, Eric. Je suis votre engagement avec intérêt et je n’éprouvais pas jusqu’à récemment la répulsion que votre nom provoque chez certains. Que vous soyez un patriote français ne me choque pas du tout. Après tout, quitte à rester en France, autant que cela soit avec conviction et avec la volonté de tout faire pour que ce pays reste fidèle à son histoire et à ses traditions.

Là où je ne vous suis pas, c’est lorsque vous vous identifiez totalement et sans réserve à cette histoire et à ces traditions, sans voir ce qu’Alain déclarait en entrant sous la Coupole : “C’est de France, et avec la complicité de l’État français, que mon père a été déporté…Le franco-judaïsme a volé en éclats,  les Juifs qui avaient cru reconnaître dans l’émancipation une nouvelle sortie d’Égypte, ont compris qu’ils ne pouvaient pas fuir leur condition”.  (Si seulement l’auteur de ces paroles en avait tiré toutes les conséquences…)

J’ai été choqué comme tout Juif qui se respecte par votre dernière sortie et par vos paroles malencontreuses, dans lesquelles vous faites reproche aux familles Sandler et Monsonego d’avoir enterré leurs enfants assassinés en Israël. J’ai repensé en lisant vos phrases choquantes aux mots de Péguy, ce grand Français que vous trois, Eric, Alain et Sarah, lisez et appréciez ; “Heureux ceux qui sont morts pour une terre charnelle, mais pourvu que ce fût dans une juste guerre”… Ces mots qui me touchent comme vous n’évoquent pas pour moi les morts de Sedan ou de Verdun, mais ceux de Massada et de Tel-Haï. Ils m’évoquent un héros juif, Yossef Trumpeldor, qui a écrit d’autres mots impérissables : “Tov la-mout béad Artsénou”, “Il est bon de mourir pour son pays”.

Or voyez-vous, cher Alain, Eric et chère Sarah, s’il est bon de mourir pour son pays, encore faut-il ne pas se tromper de pays. Si les parents des enfants Sandler et de la petite Myriam Monsonégo ont choisi d’enterrer leurs enfants dans la terre d’Israël, ce n’était pas par mépris pour la France et son histoire, mais plus simplement parce qu’ils avaient compris dans leur chair ce que vous vous refusez tous les trois à admettre, en dépit de votre érudition et de vos écrits savants. L’histoire de France n’est pas la nôtre, sa terre n’est pas mienne et son avenir n’est pas celui du peuple Juif.

Que vous ayiez choisi de croire au “Destin français”, cher Eric, et de servir la France par vos écrits, cher Alain, et par votre carrière, chère Sarah, ne peut effacer cette réalité que Lévinas et Jankélévitch connaissaient bien, il y a déjà de nombreuses années. On peut échapper au destin juif – vécu par certains comme un malheur – en voulant épouser l’histoire, la culture et le destin d’un autre peuple. On peut être un bon Juif français, et même devenir un “Français d’origine juive”, mais on ne peut, pour vous citer, cher Alain, échapper à “l’irrémissibilité de l’être juif” (2). On peut par contre, refuser le malheur juif pour choisir le “dur bonheur d’être Juif” (André Neher) et assumer librement sur notre Terre retrouvée la vocation juive et israélienne. Gmar Hatima tova.

© Pierre Lurçat

Source : Tribune Juive 

Michael Grynszpan. Leçon d’humilité. Emmanuel Moreno z.l.

Michael Grynszpan

Leçon d’humilité. Emmanuel Moreno z.l. Ce nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant : Emmanuel Moreno était considéré comme étant le meilleur soldat de Tsahal.

Né en France, sa famille a fait l’alyah lorsqu’il avait un an. Il a été tué lors de la seconde guerre du Liban, il y a quinze ans exactement. Il était officier dans le célèbre commando d’élite Sayeret Matkal et remplissait les missions les plus dangereuses derrière les lignes ennemies avec un courage physique et psychique inégalé.

Brillant aussi dans ses études, il avait appris l’arabe qu’il parlait couramment.

Ses nombreux exploits sont toujours tenus secrets et même son visage nous reste inconnu puisqu’aucune photo de lui ne peut être publiée, même après sa mort, parce que ses missions sont toujours classées secret défense et cela risquerait de mettre en danger d’autres personnes impliquées.

Je devine que certains d’entre vous ne vont pas résister à la tentation de chercher sur Google. Sachez que la photo que vous trouverez n’est pas celle d’Emmanuel Moreno mais celle du premier ministre Naftali Bennet qui l’a bien connu lorsqu’il était à l’armée et qui parle souvent de lui avec émotion. Certains ont comparé Emmanuel Moreno à Bar Kokhba, le grand combattant juif contre les romains, on n’en aurait depuis pas connu d’autres de ce niveau.

Des dizaines d’opérations de commando qu’il a menées, deux seulement ont été divulguées : on sait ainsi qu’il a enlevé le chef d’Amal, Mustafa Dirani, dans sa maison au Liban pour l’amener se faire juger en Israël.

Et malgré toutes ces qualités, tous ceux qui l’ont connu témoignent qu’il était particulièrement humble. J’avais d’abord écrit qu’il était “le plus humble de tous les hommes” mais j’ai corrigé car cette expression est traditionnellement réservée à Moïse. Cela montre à quel point cette valeur d’humilité est centrale dans le peuple juif : le plus grand des prophètes et le plus grand des soldats d’Israël étaient aussi les plus humbles…

On dit qu’en entrant dans une salle de cours ou dans un restaurant où se trouvait Emmanuel Moreno, on ne pouvait pas deviner qui il était, tant il se fondait parmi les autres, un simple homme parmi les autres qui ne faisait pas un grand cas du fait d’être un héros.

L’humilité n’est pas très à la mode (mais l’a-t-elle jamais été ?)… Nous vivons le règne du selfie. Dans tous les pays les nouvelles idoles sont celles qui font du bruit et passent sur les plateaux TV, en particulier les “stars” des émissions de TV réalité. Sans parler de tous ces génies du clavier expliquant sur Facebook qu’ils savent mieux que les Professeurs qui ont consacré leur vie à la recherche.

J’ai rencontré le père d’Emmanuel, Ilan Moreno, et je lui ai fait part de mon admiration pour son fils. Je lui ai dit que cela fait du bien de savoir qu’il existe aussi des hommes d’exception comme Emmanuel Moreno – courageux, désintéressés et idéalistes. Surtout qu’en lisant la presse en Israël, on n’entend parler que de corruption, de petites magouilles ou de politique politicienne. Ilan Moreno m’a répondu ceci : “Si tu prends un bus en Israël, n’importe quel bus, ne regarde pas les petites choses, tel jeune qui aurait bousculé sans demander pardon, ou bien telle dame qui parle fort au téléphone… Sache que la moitié des gens dans ce bus, qui sont des gens simples, sont peut-être des héros. Il y a ceux qui travaillent peut-être pour un service de renseignement et mettent leur vie en danger sans que personne ne le sache, il y a ces personnes âgées qui ont survécu à la Shoah en ayant vu leurs proches mourir devant eux, il y a des hommes qui ont traversé des déserts à pieds pour venir vivre ici, ceux qui ont été blessés dans des guerres ou des attentats, ceux qui ont quitté toutes leurs propriétés dans certains pays arabes et sont repartis à zéro, il y a ce jeune qui s’entraîne tous les jours pour accomplir son rêve d’intégrer un jour une Unité de Combat, ceux qui travaillent dans deux ou trois postes pour nourrir leur famille et trouvent en plus le temps de faire du volontariat dans les hôpitaux… Il y a beaucoup plus de héros au quotidien qu’on ne le croit. Parce qu’on ne les voit pas”.

Je pense souvent à cette leçon d’Ilan Moreno, je tenais à vous en faire part. Emmanuel Moreno z.l. a du grandir avec ces valeurs familiales. Un peu plus d’humilité, un peu plus de bienveillance dans nos jugements des autres au quotidien.

© Michael Grynszpan


Michael Grynszpan est réalisateur de films documentaires et journaliste. Il a travaillé pour des chaines internationales et israéliennes. Né à Paris, il habite depuis plus de vingt ans à Tel Aviv. Parmi ses réalisations:  The Forgotten Refugees,  sur l’histoire des Juifs dans le monde arabe, a été primé et diffusé à l’international mais encore projeté à l’ONU et au Congrès américain. A son actif: “Descendants de nazis : l’héritage infernal” pour France 3, un film sur les descendants de nazis qui ont décidé de se convertir au Judaïsme et parfois d’aller habiter en Israël. “Monsieur Chouchani – Mister Shoshani – מר שושני”, maître d’Elie Wiesel et d’Emmanuel Levinas.