Charles Baccouche. Moshé, le Serviteur sans pareil – Tribune Juive

Marc Chagall 1887-1985  Moïse recevant les Tables de la Loi 1960-1966 Musée national Message Biblique Marc Chagall

MOSHE LE SERVITEUR SANS PAREIL

לא קם בישראל כמשה עוד

Ne s’est pas levé en Israël un autre comme Moshé

Le 7 adar qui aurait dû être une date hébraïque banale a lancé l’Histoire des hébreux dans l’Eternité.

Il faut voir comment Pharaon le Roi des rois de son temps, s’est trompé pour notre plus grand bonheur: Il s’était réjoui de voir l’étoile Raa, autour du 7 adar, s’avancer vers le peuple en fuite, il a ruminé une vengeance terrible à l’encontre de ce petit peuple qui allait tout droit se jeter dans la malédiction de cette étoile funeste qui l’anéantirait.

Il était sûr que par ses sortilèges, ces esclaves effrontés connaitraient une fin indigne et méritée. Nul n’ignore en effet que l’étoile Raa est annonciatrice d’un grand malheur, et justement le sauveur de ces gens de rien devait mourir un 7 Adar.

Il savait que ce peuple était protégé par une main céleste, mais l’étoile Raa est, elle aussi, gouvernée par le Maître du Ciel, il savait aussi que les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre. Ils allaient tomber dans un piège divin dont rien ne pourrait les sortir.

Aman aussi, le descendant cruel d’Amalec, et premier Ministre du Roi de Babel, a cru qu’il pouvait en toute quiétude anéantir les Juifs du Royaume d’Assuérus au temps d’Esther et de Mordekhaï.

Ces deux oppresseurs sans âme et sans morale se délectaient de l’arrivée prochaine du 7 adar, date annoncée de la mort de Moïse, le Maître sans égal d’Israël, craignant Dieu dialoguant avec Lui.

Ils ignoraient, ces idolâtres, qu’un Juste ne quitte ce Monde que lorsqu’il a entièrement accompli sa mission ici-bas. Ils ne savaient pas que le 7 adar est aussi la date de naissance de Moïse et que la naissance d’un Juste est source de joie pour les enfants de Jacob. Le mois d’ADAR est propice pour le peuple juif.

Leurs entreprises se fracassèrent sur le Rocher qui garde et protège Israël de toute éternité.

Adar fut le dernier mois que le peuple juif resta en Égypte avant la délivrance qui n’est pas un exode, mais la conquête de la liberté d’un peuple opprimé. Manitou rapportait qu’on devrait appeler ce livre non pas « l’Exode » mais le « Livre de la délivrance »

La joie d’Adar préfigure la Fête de Pessah qui raconte les péripéties de la sortie des Hébreux d’Egypte « la main haute » Adar est le seul mois de l’année juive qui se dédouble en Adar vé Adar.

Qui est-il, ce Moïse qui, pour les Juifs, est le Maître qui leur a enseigné la Thora ?

La tradition dit que Moïse, à lui seul, vaut tout Israël

On étudie Moïse sous tous les cieux et dans tous les sens, sans jamais épuiser le sujet et sans jamais percer son secret.

– On sait qu’il est né en cachette car tous les enfants mâles nés hébreux devaient mourir par Ordre du Roi Pharaon.

– On sait que dans son panier sa mère Yokhevet le fit glisser au fil de l’eau du Nil nourricier.

– Que la servante et la sœur du Pharaon virent ce berceau balancé au fil de l’eau et le transportèrent à la Cour du Roi.

La tradition rapporte que ces femmes égyptiennes ont vu que le panier irradiait une lumière fascinante.

– On sait que ce nouveau-né « sauvé des eaux » – d’où son nom Moshé (dont la racine est tiré)-  fut emmené et élevé dans les fastes et les ors de la Cour du Pharaon.

Puis on ne sut plus rien.

Il resurgit soudain, adulte et fort, sortant vers ses frère hébreux (comment sait-il que ce sont ses frères?) Non, il ne sait pas encore, mais déjà l’Esprit saint, qui est le vent du Tout Puissant, planait vers lui.

Son cœur s’émut de la violence meurtrière infligée gratuitement à un esclave hébreu par un tortionnaire chef de corvée, qui renaîtra bien trop souvent dans les cours des âges.

Renonçant à ses privilèges de Cour, il tua le tortionnaire, mais dénoncé par deux hébreux de mauvaise vie, car pleins d’envie et de ruse, il dut s’enfuir jusqu’aux confins de Midian le royaume du désert, ou il rencontra son épouse Tsiporah près du Puits de Yétro le prêtre de Midian, dont il a gardé les moutons pendant quarante ans.

Moshé n’est ni un savant, ni un prêtre, ni un théologien, ni un riche négociant.

C’est un homme simple sans grand relief, qui fait paître les troupeaux de son beau-père.

De plus, il n’est pas doué pour la parole, « sa langue est lourde », ce qui est plutôt gênant pour le futur avocat d’Israël, sa grande humilité louée par les Sages est peut-être le déguisement d’une grande timidité.

Le Dieu tout Puissant d’Israël qui sait tout et qui peut tout a choisi ce berger sans prétentions   pour accomplir l’immense mission de sortir son peuple qui se compte par myriades de l’immense camp de concentration égyptien.

On dit que le choix divin s’est porté sur justement sur cet homme simple qui était le « plus humble des hommes » : Est-ce suffisant pour devenir le Mortel qui parle face à face avec l’Infini immortel ?

On sent que nous buttons sur une énigme qui ne se lèvera pas. Pourtant nous y mettons du cœur à y voir clair.

Pour les uns, Moshé est un Prophète unique qui fait descendre la Providence, qu’on appelle Chéhina, des cieux supérieurs, vers le Monde d’en bas, qui est notre maison.

Pour les autres, c’est une reprise des mythes mésopotamiens, voire d’un guerrier comme Sargon.

Mais nous savons, nous, que Moshé a fait descendre la Loi de vie du Ciel sur la Terre sous le regard et la bénédiction du Dieu-UN.

Manitou enseigne que Joseph fut l’Hébreu qui initia l’exil et prit des vêtements égyptiens.

Moïse, quant à lui, est l’Hébreu qui dans des habits Egyptiens mit fin à l’Exil.

Tous les deux, cependant, ont gardé leur identité hébraïque et ne se sont pas compromis avec les idolâtres. Il faut, dit Manitou, savoir à quel temps chacun de nous se situe. Si nous sommes au temps de Joseph, alors l’exil des Juifs correspond à une partie de l’Histoire humaine.

Si on se situe au temps de Moshé, alors on vit la fin de l’exil et le début du retour au Pays des hébreux que l’Eternel a donné à son peuple pour le reste des temps.

Mais pourquoi Moshé ? Bien sûr, il est le plus humble des hommes mais il se révèle soudain intègre et courageux, et surtout épris de Justice.

Il tue le cruel maître de corvée et s’interpose entre deux méchants hébreux qui se disputaient.

La Justice fut la vocation de Moshé, qui, précédant les injonctions du Sinaï, la poursuivit pour protéger les faibles et les pauvres, conformément aux fondements de la Morale juive.

         צדק צקד תירדוף   La Justice, la Justice tu poursuivra !

La Justice est le fondement de la création du Monde. Sans Justice, le Monde retournerait au néant. La Justice est empreinte de mansuétude et Moshé se fera l’avocat du peuple, qui ne peut s’empêcher de pêcher comme tout le monde, d’ailleurs.

Il alla chercher un cabri égaré et en retour, il va rencontrer l’Ineffable, l’appelant de l’intérieur d’un buisson qui brûlait sans se consumer. Voilà que la grande et murmurante voix divine lui confie l’entreprise surhumaine de libérer son peuple de la main de fer de l’Egypte.

Le Rouah hakodech et le sceptre lui serviront de signe qu’il est l’envoyé d’en Haut. Mais Moshé refuse, se cabre devant la volonté de Tout Puissant, or André Neher, ce géant de la Thora, nous a appris que « Dieu a toujours raison contre l’Homme »

Moshé ne pourra plus se dérober lorsque Son frère Aaron vient à sa rencontre dans la joie de retrouvailles sans nuages.

Il osera affronter plus tard l’Eternel : « Pourquoi fais-tu du mal à ce peuple ? » « Si tu détruis ton peuple, efface-moi de ton Livre »

Voilà que se dessine une personnalité forte. En effet, Moshé est Droit et entier, (Yachar et Tam), mais de là à devenir le Pasteur du peuple hébreu ?

Moshé inventa le sionisme politique

J’ose avancer que Moshé inventa le sionisme politique dont il fut le premier initiateur.

Vérifions : La Thora fut donnée à Moïse par le Dieu Unique, qui est à la fois la Justice du Monde et la Providence d’Israël, dans le feu, les éclairs et les voix arrivant de partout, au son grandissant du shofar, au sommet du Sinaï. (Parasha Yétro)

Les dix Paroles, qui contiennent la Thora et la Mitsva, descendaient sur Moïse qui les transmettait à Aaron son grand frère qui enseignait aux Anciens et au peuple de l’Eternel enfin.

Dieu parlait à Moshé dans la nuée ardente alors lorsque la montagne tremblait et que les créatures se taisaient et que le peuple « voyait des voix » (ibidem)

Une phrase étonnante de cette Parasha (Sidra) : « Moshé parlait et Elohim lui répondait »

Que d’interprétations en émanent !

Cette manifestation prodigieuse de la divinité n’aurait servi à rien, sinon à entrer dans les légendes et les contes qui émaillent la saga des Nations, si elle n’avait pas eu le sens qui l’inscrit dans l’Histoire d’Israël. Ainsi les Paroles de feu disent que nous avons été un peuple esclave et que nous sortons par la main forte et le bras tendu du Tout Puissant vers la liberté.

Cela nous aurait suffi, rappelle la Agada de Pessah, mais plus encore, la délivrance de la prison d’Egypte nous conduit, sous la Houlette de Moshé, au Pays que Dieu a juré de donner à la descendance des Patriarches.

Moshé est la fois un législateur, un Guide et un maître pédagogue, voyez la Parasha « Mishpatim » : Moshé plaça devant les enfants d’Israël les lois et les mitsvot, il ne les obligea pas ; il doit réussir à donner aux enfants d’Israël le désir de courir d’eux-mêmes vers la Thora.

Mais il aura abouti, après tant et tant de tribulations, lorsqu’il aura mené le Peuple aux portes du pays de Canaan et aura transmis à Josué ses pouvoirs et sa puissance,  avant de rejoindre ses pères sur le mont Nébo, emporté par un baiser de feu de son Maître l’Eternel.

On peut imaginer alors qu’ACHEM le Dieu de bonté, a inventé le sionisme pour que témoigne à jamais la gloire de son Trône et la grandeur de Moshé son Serviteur qui en a été le réalisateur intègre.

Nul ne connait l’endroit de la Tombe de Moshé, sauf, nous confient les initiés, les hirondelles dont le dos est noir et le ventre blanc.

Est-ce un hasard si un mur, portant les noms de tous les héros inconnus des guerres d’Israël, existe en Israël dans le Gan Hanéédarim qui est le Jardin des Disparus, et que leur souvenir est évoqué le 7 adar pour que leurs mémoires soient bénies.

© Charles Baccouche

source : Charles Baccouche. Moshé, le Serviteur sans pareil – Tribune Juive

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *